lundi, octobre 25, 2021

Ada Hegerberg : Un premier ballon d’or féminin si symbolique

La jeune Norvégienne Ada Hegerberg décroche le premier ballon d’or féminin de l’histoire. À plusieurs niveaux, son sacre est chargé de symboles.

C’est donc une joueuse venue du nord qui a obtenu cette récompense. Déjà un symbole. En effet, la Norvège a toujours eu une sélection féminine performante, contrairement à l’équipe masculine. Représentatif d’un pays où la place accordée aux femmes est bien plus importante que la plupart des Etats du monde. Alors que l’équipe masculine vient d’être promue en division B dans le cadre de la Ligue des Nations, la sélection féminine s’apprête de son côté à disputer à nouveau la coupe du monde. Une coupe du monde qu’elle a été la deuxième à remporter dans l’histoire, en 1995, après avoir perdu la première finale en 1991 face aux Etats-Unis. Vous avez dit symbolique ? Présente à chaque édition, 4e au mondiaux 1999 et 2007, la Norvège est une nation historique de football féminin. Et ce ballon d’or est tout sauf anodin.

En revanche, Ada Hegerberg a déjà dit qu’elle ne disputera pas la prochaine coupe du monde avec la Norvège. Après un Euro 2017 décevant, la jeune star a dénoncé un besoin d’ « améliorations dans plusieurs domaines » et s’est mise en retrait de la sélection. C’est donc aussi une femme au caractère affirmé qui a été récompensée, une joueuse qui n’a pas hésité à critiquer l’encadrement norvégien. Une assoiffée de titres qui a privilégiée sa carrière lyonnaise.

Une star de l’Olympique Lyonnais sur le toit du monde

Le si prestigieux trophée pouvait difficilement échapper à l’OL. Avec sept représentantes sur les 15 dernières joueuses sélectionnées, le club rhodanien a écrasé la concurrence. Tout sauf illogique, et encore une fois symbolique. Symbolique de la suprématie lyonnaise en Europe alors que le club vient de remporter sa cinquième ligue des champions, record inégalé. Ce ballon d’or vient aussi récompenser le travail de Jean-Michel Aulas et de l’ensemble de l’OL qui valorise ses féminines depuis de nombreuses années déjà. La lauréate s’est permise de le rappeler dans un message aux fédérations, et notamment à la sienne :

« Fédérations de football, vous écoutez ?  On peut progresser. »

Outre Hegerberg, Kumagai, Renard, Bronze, Marozsan, Majri et Henry ont également terminé dans les toutes meilleures cette saison. 5 lyonnaises sont dans le top 8 ! Et toutes le joueuses de l’équipe sont d’immenses championnes. Qu’une Lyonnaise remporte ce premier ballon d’or féminin est donc encore une fois hautement symbolique.

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Photo © Alicia Canter – Guardian – eyevine – Redux

Le titre d’Ada Hegerberg, c’est aussi la victoire d’une jeune fille qui rappelons-le, n’a que 23 ans. Alors que le si jeune Kylian Mbappé fait tant parler chez les hommes, chez les femmes, les jeunes sportives sont légions. Et malgré son jeune âge, Ada Hegerberg a déjà un immense palmarès : trois Ligue des champions (2016, 2017 et 2018), quatre championnats de France (2015, 2016, 2017 et 2018) et trois Coupe de France (2015, 2016 et 2017). Elle a l’avenir devant elle et elle explose déjà les compteurs. Avec 15 buts en Ligue des champions la saison passée, Ada Hegerberg a battu le record de buts inscrits sur une édition.

Issue d’une famille de footballeurs, et ayant débuté sa carrière très jeune, Ada Hegerberg a toujours cru en son étoile et a foncé avec cette insouciance et cette fraîcheur caractéristique du football féminin où le jeu prime encore sur l’enjeu.

Un incident sexiste en cours de cérémonie

Enfin, cette première remise d’un ballon d’or féminin a été entachée par un incident sexiste. Une image elle aussi malheureusement symbolique. Le chanteur Martin Solveig, animateur de la cérémonie, a demandé à Ada Hegerberg si celle-ci « savait twerker ». Une question qu’il n’aurait sans doute pas posée à Luka Modric.

Une remarque qui illustre l’un des plus grands problèmes qu’il reste à résoudre, non pas seulement dans le domaine du football mais dans l’ensemble de la société : le sexisme. L’égalité. Une cause pour laquelle se bat déjà la championne norvégienne, qui a signé quelques lignes très justes sur le site PlayersTribune. Ce combat là est loin d’être gagné. Mais ce ballon d’or féminin est un pas de plus vers l’égalité. Le football est aussi pour les femmes. Le sport n’a pas de genre. Les récompenses et les honneurs non plus.

 Jérôme Flury

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