A deux jours de l’entrée en lice du Servette de Genève en UWCL, Daïna Bourma tenait une conférence de presse. Voici une retranscription de cette conférence.
Pouvez-vous nous parler de Servette ? Qu’est-ce que ce club représente pour toi ?
« Je dirais que c’est une partie importante de mon parcours dans le football. J’ai commencé à l’OL et j’y suis restée jusqu’à environ mes 17 ans. À ce moment-là, j’ai constaté qu’il n’y avait pas vraiment de possibilité pour moi d’intégrer l’équipe première. Je suis donc partie à Montpellier Hérault pour terminer ma saison à 19 ans. Nous avions notamment remporté le championnat, face à Lyon et au PSG, donc c’était une très bonne saison. J’avais aussi le sentiment de ne pas avoir obtenu de contrat professionnel. On m’avait promis que j’en aurais un, mais finalement cela ne s’est pas concrétisé. J’ai donc décidé de partir et de quitter mon pays pour rejoindre les Rangers, à Glasgow. C’est là-bas que j’ai signé mon premier contrat professionnel. Malheureusement, il y a ensuite eu le Covid-19. J’ai donc eu une période durant laquelle j’ai moins joué. J’avais également envie de rentrer chez moi, mais pas forcément de revenir complètement en France. Et le projet de Servette était vraiment très intéressant. Le club était justement qualifié pour la Ligue des Champions. Je me suis dit que c’était le club parfait pour moi. Et depuis, c’est ma sixième saison. »
Il existe un lien assez particulier entre la formation lyonnaise, l’académie lyonnaise et Servette. Par exemple, certaines joueuses sont passées par les deux clubs. Est-ce que vous ressentez un lien particulier entre les deux clubs, au-delà de la proximité géographique ?
« Oui, il y a clairement un lien entre les deux. L’OL est l’une des meilleures équipes du monde, si ce n’est la meilleure actuellement. Pour les jeunes joueuses qui n’ont pas forcément beaucoup de temps de jeu, il existe donc une véritable passerelle avec Servette. Servette est un club qui cherche à gagner chaque saison. Il y a donc également cette volonté de progresser et de gagner que l’on retrouve à Lyon. Il y a beaucoup de valeurs communes dans le football. Je pense que, pour les joueuses qui ont moins de temps de jeu et qui cherchent simplement à progresser, Servette est un club qui peut être une très bonne option. Il y a également l’avantage de la proximité géographique avec Genève. Elles peuvent donc rester relativement proches de Lyon tout en évoluant dans un club exigeant. Cette exigence existe au quotidien, à l’entraînement, pendant les matchs et dans toutes les compétitions. »
Vous êtes à Servette depuis 2021 et nous avons l’impression que le club a beaucoup grandi depuis votre arrivée. Il est notamment important pour vous de retrouver aujourd’hui la Ligue des Champions. Pouvez-vous nous parler un peu du projet de Servette ?
« C’est assez clair : Servette essaie d’évoluer chaque année et cherche notamment à développer le football féminin. On sait qu’en Suisse, il existe encore une grande différence avec d’autres championnats comme l’Angleterre, l’Espagne ou la France. Le club a donc la volonté de faire grandir cette section féminine, même s’il y a évidemment aussi la section masculine. C’est vraiment important pour nous que le football féminin puisse évoluer et que nous soyons placées dans les meilleures conditions possibles, avec les moyens dont dispose le club. Nous savons qu’ils font énormément pour nous et qu’ils nous soutiennent beaucoup. Cela nous valorise déjà en tant que joueuses et nous donne envie de nous donner à fond pour être les meilleures joueuses possibles sur le terrain. C’est un défi que nous pouvons relever. Servette essaie évidemment chaque année de gagner le championnat. La qualification pour la Ligue des Champions, nous l’avons obtenue une première fois en 2021, et nous avons beaucoup travaillé depuis. Le statut du club a changé entre 2021 et 2026. Aujourd’hui, nous ne voulons pas simplement nous dire : « C’est formidable, nous sommes qualifiées. » Nous voulons essayer de faire quelque chose dans cette compétition et de nous battre lors des six matchs que nous allons disputer. Je suis donc très heureuse de pouvoir participer à cette compétition avec Servette. »
Depuis 2021, le groupe a beaucoup changé. Vous faites partie des joueuses qui sont là depuis plusieurs saisons. Qu’est-ce que ce changement de groupe a apporté ? Et comment aidez-vous les nouvelles joueuses à s’intégrer ?
« C’est vrai qu’il y a chaque année un peu de changement. Servette est un très bon club et il nous donne également beaucoup de visibilité. Certaines joueuses peuvent ensuite rejoindre de grands clubs. Tout le mérite revient aussi à la formation que nous recevons à Servette. Il faut évidemment savoir s’adapter aux différentes étapes, aux changements et aux nouvelles joueuses. C’est un peu comme dans une entreprise : quelle que soit la situation, il faut être capable de s’adapter. À chaque fois, nous avons cette capacité à recréer des liens et à reconstruire le groupe. Au début de la saison, nous avons vu lors des premiers matchs qu’il pouvait parfois y avoir quelques incompréhensions entre nous, simplement parce que nous devions encore apprendre à jouer ensemble. Cela fait maintenant environ trois mois que nous avons commencé la saison et tout le groupe est bien intégré. Nous essayons également de faire des activités ensemble en dehors du football. C’est important, parce qu’il ne faut pas parler de football tout le temps. Il faut aussi apprendre à se connaître dans la vie privée. Cela permet de créer davantage de liens et cela peut ensuite avoir une répercussion positive sur les matchs, notamment dans les moments difficiles. Nous essayons justement de créer ce lien avec toutes les filles et d’avoir une équipe soudée. On peut le remarquer : chaque saison, nous arrivons à créer un groupe uni qui nous permet de performer le week-end »
Dans quel état d’esprit abordez-vous cette première rencontre, face à l’un des grands favoris de la compétition ?
« Lyon est évidemment l’un des clubs favoris. C’est une équipe qui compte notamment deux finalistes de la Ligue des Champions de la saison dernière. C’est donc un grand match. C’est la Ligue des Champions, c’est une grande compétition et c’est un match très important pour nous. »
Vous avez également une jeune coéquipière, Garance Nine, qui n’a que 16 ans et qui est déjà titulaire à Servette. Elle a réalisé une très belle performance lors de la phase de qualification. Pouvez-vous nous parler un peu d’elle ?
« Garance est une jeune joueuse qui possède énormément de talent. La formation de Servette lui a également permis d’acquérir les qualités nécessaires et de développer ce talent. Aujourd’hui, l’objectif est, comme l’a dit Mbappé, de ne pas parler de l’âge. Elle a 16 ans ou 26 ans, peu importe. L’objectif est que, si elle est performante, elle puisse jouer avec l’équipe première. Et aujourd’hui, elle est capable de réaliser de très grandes choses, comme elle l’a déjà montré pendant la phase de qualification, notamment en marquant un but. Nous avons un groupe homogène avec des joueuses plus expérimentées et de jeunes talents. C’est ce mélange qui crée une très belle équipe. Nous avons beaucoup de jeunes talents qui pourront encore évoluer dans le monde du football. »
Que signifie pour Servette le fait de retrouver la Ligue des Champions féminine cette saison ?
« Je pense que cela signifie énormément de choses. Cela représente tout le travail que nous avons accompli pendant les cinq dernières saisons depuis notre dernière qualification. Nous nous sommes énormément battues pour être ici et c’est une grande réussite pour Servette d’être présent dans la meilleure compétition européenne pour un club et de faire partie des 16 clubs engagés. Cela signifie beaucoup pour le club. Cela signifie beaucoup pour les joueuses et nous avons vraiment hâte de participer à cette compétition et de nous mesurer aux autres équipes. »
Quelle est, selon vous, l’importance de cette participation à ce stade de la compétition pour le football féminin en Suisse, notamment en pouvant affronter les plus grands clubs comme Lyon ?
« La Suisse n’a pas le championnat le plus fort du monde. Mais être l’équipe qui représente la Suisse montre beaucoup de choses. Cela montre que si vous investissez réellement dans votre club, si vous investissez réellement dans vos joueuses et si vous développez le football féminin, vous pouvez accomplir énormément de choses. J’encourage également les autres clubs suisses à investir davantage dans leurs joueuses. Évidemment, le football féminin est difficile. Il n’est pas comparable au football masculin. Mais pour moi, en matière d’investissement, c’est simple : vous investissez, puis après plusieurs années, vous pouvez récupérer cet investissement. Mais il faut quelqu’un qui croit en nous et qui essaie réellement de nous soutenir. Avec Servette, on peut voir la différence que cela fait lorsqu’un club croit en nous et nous pousse vers le haut. Aujourd’hui, nous sommes de nouveau en Ligue des Champions. Ce n’est pas une surprise et ce n’est pas magique. C’est parce qu’ils ont investi en nous, parce qu’ils ont cru en nous. Et aujourd’hui, nous sommes là pour représenter la Suisse du mieux possible. »
Nous avons vu beaucoup de progrès dans le football féminin en Suisse, notamment après l’Euro. Vous avez parlé de l’investissement et du travail. Dans quelle mesure pensez-vous que cette nouvelle participation à la plus grande scène européenne peut contribuer au développement du championnat suisse ?
« Nous pouvons les pousser et leur montrer le chemin. Mais si vous ne voulez pas investir, nous ne pouvons rien faire. Les joueuses ne peuvent pas tout faire seules. Si vous êtes satisfaits de la situation actuelle et que vous voulez simplement rester au même niveau, cela ne fonctionnera pas. Si un club représente la Suisse et montre qu’une équipe suisse peut atteindre la meilleure compétition européenne et y rivaliser, peut-être que les autres clubs adopteront une approche différente.Peut-être qu’ils investiront davantage. Je pense que le fait de travailler dur et de rivaliser dans ces compétitions peut aussi attirer des investisseurs vers le football féminin suisse. La ligue pourrait également attirer davantage de sponsors. Je ne sais pas exactement comment cela fonctionne ici, mais je pense qu’il reste encore beaucoup de travail à accomplir, pour être honnête. C’est parfois triste de voir que nous jouons sur la grande scène européenne contre ces équipes, puisque le week-end suivant, nous devons jouer sur un terrain qui ressemble à un terrain de vaches. Il reste donc beaucoup de travail à faire. Il faut trouver un meilleur équilibre entre les clubs qui veulent vraiment développer le football féminin et ceux qui sont simplement satisfaits d’avoir une équipe féminine. J’espère que je contribue aujourd’hui à faire avancer les choses pour les petites filles qui viendront après moi. J’espère que cela aura un impact. L’Euro a eu un impact en Suisse. Mais pas autant que nous le souhaiterions, et pas aussi rapidement que nous le voudrions. Je pense toutefois qu’il y a davantage de petites filles qui ont pris une licence de football cette année. J’en suis également très fière. C’est une grande réussite. Mais j’espère que les clubs pourront davantage penser à l’avenir plutôt que de simplement se concentrer sur le présent. »
Vous faisiez également partie de l’équipe qui avait disputé la précédente campagne de Ligue des Champions avec Servette. À l’époque, vous aviez affronté Wolfsburg, la Juventus et Chelsea. Ces trois équipes avaient obtenu 11 points et Servette n’en avait obtenu aucun. Avec le nouveau format, vous allez également affronter des équipes issues du troisième chapeau. Pensez-vous que ce nouveau format est meilleur pour la visibilité du football féminin, même si les matchs contre les équipes des chapeaux inférieurs sont peut-être moins médiatisés que les confrontations entre les équipes du premier chapeau ?
« Je préfère ce format de la Ligue des Champions. On peut jouer contre différentes équipes et pas simplement faire des matchs aller-retour comme nous l’avions fait en 2021. Je pense que c’est une très bonne idée. Pour être honnête, j’ai hâte de jouer contre toutes les équipes que nous allons affronter. Je suis également très enthousiaste à l’idée de jouer contre Barcelone. Mais si nous sommes honnêtes, nous aurons peut-être davantage de possibilités d’obtenir quelque chose contre les équipes belges ou danoises, ou contre Paris FC ou la Roma. Nous sommes prêtes. Nous allons essayer de rivaliser autant que possible. Et comme je l’ai dit, l’objectif n’est pas de reproduire 2021, avec des défaites à chaque match et aucun but marqué. L’objectif est de rivaliser et d’être plus fortes dans cette compétition. »
Ronan Outrebon
crédits photo : @Servettefccf
