Dimitri Lipoff, le Français passionné devenu roi d’Afrique à la surprise générale avec le Cameroun

Dimitri Lipoff, entraîneur français de 42 ans passé par l’Olympique lyonnais et le Paris Saint-Germain mais qui a aussi vécu des expériences en Russie, en Chine ou encore au Maroc et en Egypte, est arrivé comme coordinateur de la sélection du Cameroun quelques mois seulement avant le fantastique sacre survenu dans la coupe d’Afrique des nations 2026. Il raconte…

Dimitri, félicitations. Comment êtes-vous arrivé dans cette sélection camerounaise, vous étiez encore avec votre club égyptien d’Al Ahly quelques semaines plus tôt ?

Merci. En fait, j’étais en relation avec Eto’o depuis trois ans, il avait tenté de me recruter et déjà, c’était déjà un challenge qui m’intéressait. J’ai entraîné Gaëlle Enganamouit en Chine, j’ai gardé de superbes relations avec elle. Cette fois-ci, j’ai décidé de dire oui pour ce défi.

Tout s’est enchaîné vite, quel était le climat avant le tournoi ? Comme pour chaque liste, certaines absences ont fait parler…

Au Cameroun, tout est matière de débat. Je suis arrivé avec des exigences et des garanties aussi. Nous avons pu prendre de fortes décisions, j’ai pu choisir les joueuses que je voulais. Les joueuses locales, je les connaissais peu en arrivant, c’est un championnat que j’ai découvert et j’ai eu de la chance car il n’était pas terminé. J’ai pu voir plusieurs matchs, les meilleures joueuses. On a appelé près de 60 joueuses, on en a eu 53. On les a testées, comparées. En deux semaines, on a sélectionné les meilleures. Ce qui n’était pas une mince affaire. Petit à petit, on a pu convoquer la diaspora camerounaise. Il y a des joueuses au Japon, au Mexique, en Chine, en Europe, aux États-Unis. Ensuite, on a commencé cette mission commando en à peine un mois. Chaque minute était comptée.

Comment avez-vous décidé de la tactique en aussi peu de temps ? Vous avez sélectionné des joueuses, essayé de trouver le système qui fonctionnait et êtes restés dessus ?

Exactement, j’ai fait un choix, monté un plan de jeu et on s’y est tenu. C’est le travail de tout un staff, toute une équipe. L’idée était de tenir ces choix toute la coupe. J’étais sûr du plan à tenir.

Vous avez tout de suite compris que cela pouvait aller loin ?

Je savais que cela serait compliqué car cette coupe d’Afrique est très relevée. C’est peut-être celle qui a été la plus relevée depuis le début car il y a plus d’équipes, qui investissent sur des staffs, des coachs, des joueuses. Il y a de très belles fédérations qui n’ont rien à envier aux fédérations européennes.

Vous avez un parcours surprenant dans le football féminin mais aviez-vous vécu quelque chose d’aussi fort ?

Oui, j’ai vécu des choses très fortes. J’ai eu la chance d’évoluer dans de grands clubs, où j’ai côtoyé de grands personnes, de grandes joueuses. J’ai eu la chance de beaucoup gagner, maintenant, c’est sûr que c’est un titre majeur. La coupe d’Afrique est l’une des plus difficiles à décrocher. Même s’y qualifier est très dur. C’est encore plus difficile pour les équipes africaines de se qualifier en coupe du monde.

Quel a été le match le plus difficile dans cette CAN ?

J’ai envie de dire que chaque match a été compliqué car personne ne croyait en nous. On a eu que des matchs difficiles. Le match du Mali, on affronte une équipe extraordinaire, qui aura pour moi un futur brillant. On a joué la troisième meilleure équipe d’Afrique, le Ghana. On fait un exploit contre le Nigeria, qui est l’équipe africaine du siècle.

Vous êtes installé depuis des années à l’étranger, la France vous manque-t-elle un peu ?

Je ne changerai rien, car mon parcours m’appartient. Après, il y a de la frustration car nul n’est prophète en son pays. Je me suis toujours tourné vers les opportunités et là où on voulait de moi.

Que s’est-il dit dans le vestiaire après le sacre, avez-vous pris conscience immédiatement de ce que vous avez réalisé ?

Je pense qu’on va prendre du temps car nous avons réalisé l’impossible. L’équipe nationale du Cameroun a de la chance de faire partie d’une énorme fédération, ce qui est notre point fort mais aussi une énorme pression car n’importe quelle sélection qui joue contre a envie de battre le Cameroun. Aujourd’hui, toutes les équipes africaines sont performantes. On est arrivé avec énormément de discrétion et d’humilité. Nous n’étions pas qualifiés pour cette CAN. La précédente non plus…

Petit clin d’œil de l’histoire aussi, Farid Benstiti termine également médaillé avec l’Algérie, on connaît votre lien, c’est fort, presque émouvant de vous voir réunis sur ce podium ?

C’est extraordinaire. Comme je l’ai répété tout le long du tournoi et même durant la préparation à mes joueuses, je pense que tout était écrit. Si je ne suis pas venu dans cette sélection il y a trois ans mais aujourd’hui, c’était écrit aussi sans doute… Farid, c’est la personne qui m’a faite. C’est grâce à lui que je suis entraineur aujourd’hui. C’est lui qui m’a formé, qui m’a tout appris, qui m’a fait confiance, qui m’a donné des responsabilités, qui m’a épaulé, conseillé et aidé. Je lui dois tout. On s’est séparés pour diverses raisons en 2019. C’était le moment de le faire, cela reste un ami et celui qui a fait qui je suis aujourd’hui.

Farid Benstiti, c’est celui qui a fait qui je suis aujourd’hui

Qu’on soit sacrés ensemble… Je joue cette finale, Farid est assis 1,50 m derrière mon banc. Cela m’a fait quelque chose. Ce qu’il a réalisé avec l’Algérie, c’est phénoménal aussi. C’est un bâtisseur. Peut-être le plus grand bâtisseur que le football français féminin ait connu. C’est lui qui a fait l’OL, lui qui a fait le PSG… J’aurais aimé que son travail soit plus reconnu.

Forcément, vous avez désormais très envie de faire la coupe du monde avec le Cameroun dans moins d’un an…

Oui, je suis amoureux de ce groupe. C’est la force de notre projet aussi, nos joueuses sont très jeunes et ont prouvé qu’il faut se fier aux performances avant l’âge. Elles sont géniales, à l’écoute, prêtes à mourir sur le terrain. Du moment où elles ont cru en ce projet, elles s’y sont données à cœur perdu et, même si j’ai eu la chance d’avoir des groupes extraordinaires dans ma carrière, cela faisait longtemps que je n’en avais pas eu un aussi beau…

Propos recueillis par Jérôme Flury

Photos ©Fecafoot

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