Lina Thivillon (Metz) : « Dans cette Seconde Ligue, l’aspect mental joue beaucoup »

La milieu de terrain du FC Metz Lina Thivillon a répondu aux questions de Footeuses avant le coup d’envoi de la saison de Seconde Ligue. Qui s’annonce disputée.

Bon anniversaire (Lina a soufflé sa 26e bougie le 28 août) ! Si on repense à la petite Lina, comment est-elle tombée dans le football ?

« Le football, c’était des moments partagés, en famille, entre amis. Que ce soit au city-stade, juste par passion. Je me suis prise au jeu ensuite parce qu’il y a tout ce qui est équipe nationale, compétitions. J’ai toujours eu cet aspect compétitrice. De file en aiguille, le chemin vers le professionnel s’est dessiné, mais à la base, c’était surtout ce côté passion.

J’avais un cousin qui jouait à Grenoble, en N3, je regardais les matchs avec ma famille. Et puis j’ai rapidement pu côtoyer le club de Lyon, où il y avait déjà des joueuses comme Necib, Le Sommer, Renard… On les voyait en tant que grandes et on se disait, pourquoi ne pas donner aussi le meilleur de moi-même. C’était aussi impressionnant que plaisant de voir que des personnalités comme elles étaient reconnues. »

Aujourd’hui, quels sont vos objectifs ?

« Avant tout, de prendre le plaisir. Qui passe aussi par le fait de galérer, de me challenger. Collectivement aussi, c’est aussi la raison pour laquelle j’aime ce sport, on partage des choses, des émotions, on se tire vers le haut. »

Avez-vous constaté des différences à Metz par rapport à vos précédentes expériences à Grenoble, Lens ?

« On sent qu’il y a un aspect famille et que la ferveur du club est très importante. Je m’y retrouve beaucoup. Après, il y a aussi des super infrastructures. On a un vestiaire rien que pour nous, on ne se rend pas compte mais dans le football féminin, ce n’est pas donné dans tous les clubs. On est inclus, quand on voit des dirigeants, ils discutent avec nous, prennent le temps. »

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Que retirez-vous de votre préparation estivale qui vous a vu battre Strasbourg, perdre contre Lens et réaliser des nuls intéressants contre des équipes allemandes ?

« Je pense que s’il y avait un mot à donner pour caractériser notre prépa, ce serait travail physique. Au-delà des matchs qui ont pu être très intenses en termes de courses, on l’a vu dans nos données GPS, le but est de travailler physiquement car une saison, c’est très long. Émotionnellement, c’est bien de se préparer car dans les têtes, on doit être bien aussi.

Nous avons aussi travaillé tactiquement, ce qui est important car notre groupe est légèrement plus jeune que l’année dernière. L’osmose du groupe aussi est importante. On perd ou on gagne ensemble, si on a une équipe qui vit bien au quotidien, on se donnera les unes pour les autres sur le terrain. »

Quelques joueuses expérimentées vous ont rejoint aussi, comme Anaïs Ribeyra ou Morgane Duporge… Vous jouez enfin avec cette dernière, avec qui vous aviez remporté le mondial militaire en 2022, que pouvez-vous nous dire d’elle ?

« C’était marrant de pouvoir la retrouver cet été. En tant que coéquipière, je trouve que c’est une très bonne joueuse, elle a une bonne vision de jeu et ne compte pas ses efforts. Elle parle peu mais quand elle le fait, on a envie d’écouter car on sait que c’est pour le groupe. C’est une plus-value de pouvoir la récupérer dans l’effectif, comme une Anaïs Ribeyra, qui a un caractère relativement fort et sait parfois taper du poing sur la table. Faire preuve de caractère est important aussi, il faut différent types de profils dans un collectif. »

« Il faut différent types de profils dans un collectif »

Vous allez disputer une nouvelle compétition, la coupe de la LFFP, vous la voyez comme une occasion de pouvoir vous mesurer à des clubs plus relevés ?

« On était contentes dans le sens où en effet, on allait pouvoir nous tester, cela représente de bons challenges. On s’est fixé des objectifs, on a hâte aussi de la jouer, de pouvoir sortir les crocs sur le terrain contre les équipes de D1. »

Avez-vous connu des passages particulièrement compliqués dans votre carrière et comment en êtes-vous sortie ?

« C’est dans l’année avec le covid. Dans le fait de vivre notre passion, il y a un aspect très routinier, qui nous convient totalement. Un aspect sacrifice aussi, de ne parfois pas voir nos familles, pour celles qui sont loin. Cette année-là, savoir qu’on s’entraînait sans avoir cette petite carotte en fin de semaine qui nous fait tenir bon tout le reste de l’année. C’était un peu délicat, pas seulement pour moi. Après, même dans d’autres saisons, le doute fait partie intégrante du sportif de haut niveau. Je suis d’humeur à relativiser et me relever. »

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Nous parlons un peu de mental, vous l’aviez aussi évoqué après la défaite à Saint-Symphorien la saison dernière (contre Lille, le 13 avril). Comment cela se travaille-t-il individuellement ou collectivement ?

« En réalité, cela varie beaucoup en fonction des profils. Pour certaines, le prépa mental va avoir beaucoup d’impact car il apportera des outils que nous n’avons pas forcément. Cela commence à se démocratiser. Pour d’autres, le fait d’échanger entre coéquipières, c’est l’élément principal. Pour certaines aussi, le principal est de se recentrer, se remettre en question elles-mêmes. Sans non plus laisser trop de place au doute, il faut garder une forme d’équilibre. »

Comment voyez vous le championnat qui démarre ? Les promus semblent ambitieux, les relégués de Première Ligue sont revanchards… La saison s’annonce excitante ?

« Oui, c’est pour cela qu’on a envie de la commencer. Pour le moment, il faut se préparer. On sait que ce ne sera pas simple mais je pense que le plus important est de se centrer sur nous, nos forces, nos faiblesses. Comme ça, peu importe l’adversaire, nous arriverons avec notre façon de jouer. Tout en gardant une capacité à s’adapter à l’équipe en face, on travaille pour, avec de l’analyse vidéo. »

L’an passé, tout s’est joué à la dernière journée, concernant la montée comme la descente, tout le monde peut battre tout le monde aujourd’hui en Seconde Ligue ?

« Honnêtement, oui. Nous sommes dans un championnat où l’aspect mental joue beaucoup, il suffit qu’il y ait des absentes, un coup de mou, deux défaites, et même pour un très bon effectif, cela peut être plus dur. C’est pour cela que je parle de se centrer sur soi. Prendre chaque match comme si c’était le dernier. »

« Des absentes, un coup de mou et même pour un très bon effectif, cela peut être plus dur…»

Vous avez eu plusieurs coachs femmes, à Grenoble, Lens et désormais Metz. Vous avez expliqué que votre bonne relation avec Marine Morel est une des raisons qui ont mené à ce que vous restiez au club cet été…

« Que ce soit un homme ou une femme, c’est vraiment la personnalité qui rentre en compte, je n’ai pas de différence à faire ressortir en fonction du genre. Oui, concernant Marine, on a pu nouer des liens de confiance. Je pense que c’est mutuel, c’est pour se tirer vers le haut. C’est une coach qui pense beaucoup à la vie de groupe. Quelque chose où je me retrouve. »

Cela peut faire office de modèles, ces femmes entraîneures, vous y avez déjà pensé pour l’après carrière ?

« C’était quelque chose auquel je réfléchissais il y a quelques années, et finalement, je me suis plus axée, pour ma seconde partie de vie, sur la préparation mentale. C’est quelque chose que j’ai pu beaucoup analyser et expérimenter. Alors pourquoi pas bosser dans un staff, dans un club. Mais en tant que coach, non, ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de faire. »

L’envie de jouer en Arkema Première Ligue vous titille ou ce n’est pas un objectif plus que cela ? Vous avez toujours été proche d’y parvenir (8 saisons en D2).

« Cela reste un objectif. Si demain, je nous le souhaite, on monte en D1, qu’on souhaite me conserver, qui refuserait ? Après, j’ai l’aspect plaisir avant tout. Je me donnerai les moyens nécessaires pour y parvenir. »

Vous avez toujours été à l’aise face aux médias… C’est inné, ou est-ce que du media training se développe aussi ?

« J’ai cette chance d’avoir toujours cette facilité à m’exprimer. On sait que derrière, cela va être retranscrit, que les mots qu’on utilise sont importants. Pour ma part, c’est de l’authenticité, je dis ce que je pense, sans me dénaturer. »

Propos recueillis par Jérôme Flury

Photos ©Mathilde Durney/Footeuses

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