L’internationale française Marion Torrent est de retour sur les terrains après sa pause maternité. La capitaine de Montpellier revient sur cette nouvelle vie.
Avant de commencer votre carrière professionnelle, vous étiez-vous déjà interrogée sur la maternité ?
Non, jamais. J’ai commencé très jeune et je suis partie à 12 ans au centre de formation de Montpellier. À cet âge-là, on ne pense pas à la maternité. Je voulais juste progresser et atteindre l’équipe de France A. Je ne m’étais jamais demandé si le foot était compatible avec la maternité, mais en voyant d’autres sportives y parvenir, je me suis dit que c’était possible pour moi aussi.
Était-ce un sujet que vous pouviez aborder librement dans le vestiaire ou avec le staff ?
Oui, totalement. J’en parlais sans problème avec le staff comme avec mes coéquipières. C’était vu comme quelque chose de positif, ça apportait même de la joie dans le groupe. Bien sûr, si vingt joueuses annonçaient une grossesse en même temps, ce serait compliqué, mais ce n’était pas le cas. J’ai senti beaucoup de bienveillance autour de moi, ce qui m’a permis de vivre cette période très sereinement.
Le cadre professionnel permet-il, selon vous, d’intégrer la maternité comme une étape normale d’une carrière ?
Au club (Montpellier n.d.l.r), oui. Laurent Nicollin a mis en place depuis un an le maintien de salaire pour les joueuses enceintes, ce qui est vraiment rassurant. J’ai continué à toucher mon salaire normalement. Mes sponsors, notamment Adidas, ne m’ont pas lâchée non plus : ils ont simplement suspendu l’envoi de matériel pendant ma pause, puis l’ont repris à mon retour.
À lire aussi : Marion Torrent va devenir la 5e plus capée de Montpellier : « Le sentimental a guidé mes choix »
Côté préparation, j’ai été très bien accompagnée : kiné, préparateur physique, suivi adapté… J’ai pu courir et faire de la musculation jusqu’à sept mois, en accord avec mon gynécologue. À partir du quatrième mois, j’ai arrêté les duels, puis on a allégé l’intensité au fur et à mesure.
Le club ou la FFF proposaient-ils un cadre contractuel particulier pour les joueuses enceintes ?
Le club m’a garanti le maintien de mon salaire et tout s’est déroulé normalement. Je n’avais pas l’obligation d’être présente aux mêmes horaires que les autres, et si j’étais fatiguée, je pouvais adapter ma journée. En revanche, il n’y a pas eu d’accompagnement spécifique de la part de la FFF.
Quelles mesures le club a-t-il mises en place à l’annonce de votre grossesse ?
Le club a très bien réagi, ils étaient contents pour moi. Il n’y a pas eu de dispositif spécifique, mais un suivi régulier avec les médecins et la kiné pour adapter ma préparation.
J’essayais d’être présente aux mêmes horaires que les autres, mais je m’entraînais souvent à part. À partir du quatrième mois, j’ai arrêté les duels car le bébé remontait dans le bassin, ce qui rendait les chocs trop dangereux.
Comment cela s’est-il passé avec vos sponsors ?
Il y a eu beaucoup de bienveillance. Comme pour Alex Morgan, un contrat peut être mis en pause, mais jamais on ne m’a parlé de rupture. J’ai même eu l’opportunité de collaborer avec des marques liées à la maternité.
Comment conciliez-vous votre vie de maman et votre carrière de footballeuse ?
C’est difficile, parce que tout va très vite, mais c’est le choix de vie que j’aime. Être maman était ce que je voulais le plus au monde. Comme tous les parents, c’est un vrai équilibre à trouver. En réathlétisation, les séances sont longues et intenses, et la fatigue des nuits écourtées s’ajoute. L’organisation avec mon conjoint et le soutien de ma famille, notamment mes parents, sont essentiels.
Votre contrat à Montpellier arrive à son terme. Le club vous a-t-il rassurée lors de l’annonce de votre grossesse ?
Quand j’ai annoncé ma grossesse à Laurent Nicollin, il m’a assuré que je pourrais revenir et que nous discuterions d’une prolongation plus tard. Aujourd’hui, avec le nouvel investisseur, je ne préfère pas m’avancer. À moi maintenant de revenir à mon meilleur niveau et de prouver sur le terrain que je mérite une prolongation.
Propos recueillis par Maëlys Decourt
Photo : MHSC
