Nantes est l’équipe révélation de la saison. Par ses résultats, son jeu mais également sa communication, qui a permis d’accroître les communautés du club. Nathalie Querouil, responsable communication au club, nous explique les coulisses de son métier, encore méconnu.
Bonjour Nathalie, concrètement, comment se passe ton travail à Nantes et es-tu entièrement libre dans ton activité ?
La communication du club, c’est 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. J’ai été embauchée en CDI il y a deux ans pour être entièrement dédiée à l’équipe féminine. Mon travail englobe la création de contenus, la gestion des réseaux sociaux et le rôle d’attachée de presse. Je travaille à la Jonelière, avec le service communication du club, tourné vers les garçons mais avec qui je suis constamment en contacts. On a des réunions le lundi pour revenir sur tous les sujets. Nous avons deux graphistes au club et c’est là que je peux faire mes demandes. Par exemple, si nous jouons Marseille à la Beaujoire, on fait jouer les différents services pour anticiper cet événement. Je travaille aussi avec un team manager et un alternant team-manager qui gère l’organisation des matchs avec des escort-kids par exemple.
Es-tu complètement libre sur tout ce que tu fais ?
J’ai une grande liberté. En début de saison, on travaille avec les graphistes et Owen, notre responsable marketing, sur la charte graphique et l’évolution de ces supports-là. Les visuels sur le groupe, le onze de départ, tout cela. Par contre, sur tous les contenus quotidiens, personne ne sait au club ce que je vais poster. Je suis seule décisionnaire si par exemple je décide de publier un but. Sur des choses un peu plus importantes, des ouvertures de billetterie, je le transmets dans un groupe de conversation pour validation, mais sinon, je peux mettre trois ou quatre publications par jour sans processus de validation et heureusement car sinon cela ne pourrait pas aller si vite.

Après, l’orientation, le choix des textes, c’est une identité que j’ai choisi en arrivant. Nous avons décidé de mettre de la proximité avec les supporters.
As-tu vu des conséquences concrètes à ton travail, comme l’augmentation des communautés sur les réseaux sociaux ou au stade, à domicile comme à l’extérieur ?
J’ai envie d’englober le projet global plus que mon travail de communication. On a un coach qui est arrivé, qui a un style de jeu qui colle parfaitement à l’identité du club, à ce que les supporters recherchent. On a des joueuses qui sont à la fois agréables à voir jouer et en plus investies et engagées, qui comprennent l’importance de la caméra. On a un staff technique, une confiance, qui font qu’aujourd’hui, je suis H24 avec le groupe. J’ai accès à tout ce que je veux, les séances vidéo, la salle de soins, l’hôtel. Ce qui me permet d’être proche des joueuses, du staff. Ainsi, forcément, tout ce que je retranscris dans l’image est très naturel. Car on se connaît par cœur.
« Ce que je retranscris dans l’image est naturel car on se connaît par cœur. »
C’est la différence qu’il peut y avoir entre les clubs. Parfois, que ce soit garçons ou filles, quand des observateurs trouvent que cela manque de spontanéité, c’est peut-être aussi parce que la personne chargée de communication dans ce club n’a pas les accès pour créer des contenus aussi naturels. J’ai cette chance à Nantes. On a un public très familial, passionné et bienveillant. Il nous encourage même si on perd.
Ce qui a progressé, c’est que les joueuses sont reconnues dans la rue. Là, celles qui sont allées chercher des tenues pour les soirées annuelles de trophées, les vendeurs les reconnaissent. Souvent, nous allons à la Beaujoire avec les joueuses pour voir les garçons, en civil, et bien elles se font accoster par les supporters qui les félicitent pour la saison. L’an passé, ce n’était pas autant, nous n’avions fait qu’un match à la Beaujoire. On a passé un cap sur la notoriété. Quand je suis dans des événements, on me parle de l’équipe. Des personnes connaissent le nom des joueuses, ont les maillots, car désormais on peut les faire floquer. Et puis la vidéo de Melissa Bethi avec Paga, le but contre Strasbourg, ce sont des contenus dont on me parle. Des choses qu’ils ont vues sur nos réseaux. Si je ne les publie pas, par exemple, notre but contre Strasbourg aurait pu rester inaperçu.
« 𝗩𝗼𝘂𝘀 𝗺´𝗶𝗻𝘃𝗶𝘁𝗲𝘇 ? » 😂🔫
— FC Nantes Féminines (@FCN_Feminines) April 23, 2026
Le show de Melissa Bethi avec @LaurentPaganel1
au micro de Canal+🎙️#OnEstNantes pic.twitter.com/YppcIVeGZN
La communication fait certes grandir l’engouement autour de l’équipe féminine, ce qui permet de faire venir beaucoup de gens au stade. Et en effet, n’importe où. J’ai le souvenir du succès au Paris FC en janvier où quand on célèbre, on a gros bout de la tribune avec nous. Je me dis qu’on n’est pas chez nous quand même ! À Lens aussi, on a un kop de supporters vivant dans le Nord qui sont venus. Et à domicile, à chaque séance ouverte, on a des supporters. C’est la force de cette ville qui est une ville de sport au féminin.
Le fameux but contre Strasbourg… Tu t’es immédiatement dit qu’il fallait le partager ? Et as-tu été dépassée par l’ampleur de la chose ? La vidéo a fait des millions de vues…
Quand je le vis, je suis au bord du terrain, derrière le but. Je vois l’action, je me dis « waouh » tout en me taisant car je filme. L’arbitre siffle la mi-temps dessus. Je retrouve le groupe et en marchant vers le vestiaires, je dis à Maureen Cosson et Lucie Calba « quel but vous venez de mettre ! » On était tous dans l’émotion de ce but, le staff aussi. On gagne 3-0, célébrations, piscine, etc. On prend la route, je récupère les images du match et les filles regardent le replay du but et le savourent. Et on se dit « si demain, une équipe surmédiatisée met un but comme cela, c’est sûr que cela fait le tour du monde ! ».
𝙌𝙪𝙚 𝙡𝙚 𝙛𝙤𝙤𝙩 𝙚𝙨𝙩 𝙗𝙚𝙖𝙪 💛💚
— FC Nantes Féminines (@FCN_Feminines) March 23, 2026
👉 De Burns à Calba.
👉 8 joueuses ont touché le ballon.
👉 L’intégralité du terrain traversé en 18 secondes.
Un mot pour décrire ce but ? 🤩#OnEstNantes #RCSAFCN pic.twitter.com/lcSPYbrSim
Là, on l’a publié d’une certaine manière, j’ai rajouté de la musique dessus. Je voulais que les gens aient la même émotion que celle que nous avons eu en vivant le but en direct. Mais je ne pensais pas que ça allait buzzer à ce point-là. Cela a mis du temps. Il a été repris au Brésil. Je recevais des notifications sur mon téléphone, cela commençait à vibrer beaucoup. Je me couche, je crois qu’on est à 73 000 vues, ce qui est très rare. Pour des contenus basiques sur X, on a entre 1 000 et 5 000 vues. Au réveil, mon téléphone a un bug. Le but a cependant surtout buzzé sur les comptes qui l’ont repris. La séquence interview de Bethi avec Paga a plus marché sur notre compte car cela a été plus partagé que téléchargé pour être rediffusé derrière, ce qui ne nous rapporte pas de vues.
Après, moi, quand j’ai publié cela, c’était pour que tout le monde voie notre but parce que j’étais trop fière des joueuses parce que c’est ce qu’elles travaillent au quotidien.
Comment vis-tu les choses, en étant toujours avec elles ? Tu n’es pas sur la pelouse, mais cette aventure folle depuis la montée doit apporter beaucoup d’émotions ?
Je vis les choses intensément comme si j’étais avec elles sur le terrain mais je garde en tête le fait que ma vie ne dépend pas du résultat sportif. J’ai cette passion, j’ai envie qu’elles gagnent, aussi parce que c’est plus compliqué de communiquer lorsque tu perds. Alors oui, les veilles de match, je ne dors pas très bien. J’essaye de les mettre dans les meilleures conditions, par rapport aux demandes média aussi.
Je me détache des résultats. L’an passé, à partir du moment où le maintien a été validé, on a enchaîné beaucoup de défaites. Tu te retrouves dans un contexte plus difficile avec des joueuses qui vont partir, tu joues dans le ventre mou. Alors forcément, dans ta façon d’être au quotidien, cela se ressent. C’est aussi à moi dans ces moments-là de stimuler le groupe.
« Quand elles gagnent, c’est moi qui pleure ! »
Après, il y a une phrase que je leur dit souvent, c’est que quand elles gagnent, c’est moi qui pleure (rires). Parce qu’il faut sortir plein de contenus, les gens attendent des choses. Dans cette belle saison, je n’ai fait que me répéter que je n’avais pas assez de temps dans les journées pour tout raconter.
En parlant de masse de travail, à quel point ont évolué les relations avec les médias et le nombre de sollicitations pour les joueuses ? Même des médias étrangers parlent de vous.
J’essaye d’ouvrir au maximum, quoi qu’il arrive. C’est peut-être le fait d’y être moi même passée, je ne vois pas cela comme un problème mais comme une aide, d’avoir des sollicitations. Pour augmenter la notoriété, amener des partenaires, de l’argent. L’année dernière, on avait au quotidien nos deux médias locaux qui nous suivaient au quotidien (Presse Océan et Ouest France). Cette année, ils sont toujours là et on a chaque semaine d’autres demandes. Avant la demi-finale des play-offs, j’avais 8 interviews calées. Au-delà des résultats, on a aussi beaucoup de joueuses internationales.
Concrètement, j’ai un tableau tout simple pour m’organiser, avec les différentes possibilités : conférence de presse, interview, média club, partenaires. Je me note la date de chacune et quand une joueuse a beaucoup de sollicitations, des fois, j’en mets une autre. Pour éviter qu’une joueuse ait l’impression que c’est toujours elle. C’est arrivé avec Léa Khelifi en début de saison, elle est très demandée et à un moment donné, je lui dis que je n’accepte plus tout, elle-même me l’a demandé. Ce qui m’aide aussi, c’est que Nicolas (Chabot) a choisi trois capitaines, ce qui me permets de faire tourner.
Tu as proposé pas mal d’idées de vidéos (des joueuses qui offrent des chocolats, etc), quand tu es dans un tel rush au quotidien, comment faire pour se poser et innover ?
J’ai un chien (rires). Je dois le promener trois fois par jour quand je travaille et à ce moment-là, il se passe plein de choses dans la tête. C’est le cas de la vidéo des chocolats, j’ai eu l’idée à ce moment-là. Je m’inspire beaucoup de ce que je vois sur les réseaux aussi, je suis beaucoup d’autres clubs, français, étrangers, basket, rugby, handball, etc.
Après, il y a des idées où je me sers des joueuses. Par exemple, l’annonce faite dans le train… Je savais qu’on avait passé un pallier de vente de places, qu’on avait cinq heures de train pour aller à Strasbourg, j’emmène des feuilles blanches, des feutres, je me dis qu’elles auront le temps de dessiner quelque chose. Deux heures passent, je tâtonne encore. L’entraîneur des gardiennes il me semble, Fabien, dit alors de faire une annonce au micro. Maureen Cosson dit qu’elle l’avait aussi fait avec un club précédent. Au final, c’est ce qu’on a fait !
Le nombre de contenus que je fais dans le car lors des déplacements… Cela nous occupe. Mais des fois, ces accès peuvent être fermés dans certains clubs. Alors qu’à mon avis, il n’y a rien de plus beau que de raconter ces moments-là. Que le joueur ou la joueuse écoute de la musique, joue à des jeux ou réponde à des questions, ça ne va pas changer grand chose à sa vie ou le/la perturber pour un match.
Est-ce que c’était simple de rester positive pour toi, dans une saison aussi sombre globalement pour le club (dont l’équipe masculine a été reléguée en L2) ?
C’est sûr qu’avant d’être salariée du FC Nantes, je suis aussi supportrice. Lorsque nous avons réunion lundi matin, que les féminines ont gagné mais que les gars ont perdu, forcément que je suis quand même attristée pour eux. Mais dans la stratégie globale d’un club, tu as plein de choses à raconter. Après, c’est clair que pour mes collègues, c’était plus compliqué car lorsque tu perds, peu importe la manière dont tu communiques, les commentaires ne seront pas positifs. (…)
J’ai beaucoup de respect pour mes collègues parce que, depuis que je suis arrivée ici, tout se passe bien pour les filles mais j’ai conscience que dans ma carrière, il est possible que je doive un jour travailler dans un club que ce soit ici ou ailleurs où on enchaînera des défaites, avec des polémiques en interne… J’espère que je serais alors en capacité de proposer des choses qui permettent de réfléchir autrement que par le résultat. C’est pour cela que j’essaye de générer une communication, dès aujourd’hui, qui ne dépend pas que de cela.

À ceux qui se diraient, bon la saison est finie… Pour toi, le mercato est sans doute la pire période, en masse de travail comme pour les émotions que cela procure ?
Il va se passer pour moi la même chose que lorsqu’un match se termine. Les autres se reposent, pour moi, c’est le pire moment. Déjà, les gens attendent que tu parles d’une saison exceptionnelle, que tu sortes des bilans… Et le mercato, au-delà de cela, il y aura des départs, des émotions, des contrats de partenariat. Je suis incapable de savoir quand je poserai des vacances. C’est intense, mais parce que c’est ce que j’aime aussi. Je suis une personne passionnée, engagée, j’ai pris tellement d’images tout le long de la saison, ce n’est pas pour qu’elles restent sur un disque dur. Aujourd’hui, je suis fière de l’image qu’on a.
« J’ai pris tellement d’images tout le long de la saison, ce n’est pas pour qu’elles restent sur un disque dur »
Tu fais cela par conviction aussi, par engagement de longue date, est-ce que tu as le sentiment de gagner un combat face à tous ceux qui disent que personne ne regarde le football féminin ?
On aura toujours du mal à chercher des personnes. Mais oui, par notre travail et ce qu’on montre avec Nantes, on prouve que quand tu vas chercher des gens, ils viennent. Quand tu les cherches par l’émotion, l’information simple aussi… Le nombre de personnes qui m’ont dit « c’est la première fois que je venais, je reviendrai ». Je suis engagée depuis des années et j’ai dans mon entourage des personnes qui n’aiment pas le foot féminin, qui sont même dures avec et qui ne changent pas d’avis. Cela m’aide aussi, à me dire qu’il faut plutôt attirer d’autres personnes.
Aujourd’hui, je ne sais pas si j’ai le sentiment qu’on gagne le combat mais qu’on est en train de prouver, même en interne, que le football féminin peut générer de l’argent et être intéressant. Que ce n’est que le début d’un sport. C’est en train de grandir. Maintenant, tu as encore beaucoup de travail. Est-ce que ce qu’on fait à Nantes fait évoluer le championnat ? Cela ne suffit pas. Je vois encore beaucoup de matchs qui se jouent devant quelques centaines de personnes. J’entends des choses quand je sors de notre « bulle ». J’aimerais être en capacité de faire plus pour le championnat et pas que mon club.
La ligue a mis en place cette année, et bravo à eux pour cela, des sessions de travail et de partage d’expérience entre clubs de D1 et D2. On a montré comment on avait fait pour remplir la Beaujoire, Lens a fait pareil pour Bollaert, Marseille pour ramener 35 000 personnes au Vélodrome mais on regarde aussi comment Arsenal travaille pour remplir l’Emirates, etc. On est adversaires sur le terrain mais coéquipiers pour le développement du championnat. On avance dans les combats, mais on n’a pas gagné encore ! Il faut que ces belles soirées de football deviennent une normalité et pas une exception. Car même nous, on remplit la Beaujoire mais parfois, on a du mal à remplir les 1900 places de Marcel Saupin. On continue à chercher des solutions.
Propos recueillis par Jérôme Flury
Photos ©FC Nantes
Nous en profitons pour remercier au nom de Footeuses Nathalie Querouil, pour son engagement actuel à Nantes mais aussi tout ce qu’elle a pu faire au sein de notre média par le passé durant plusieurs années. Parmi les personnes qui donnent de leur temps sans compter pour améliorer la visibilité du football féminin, elle est l’un des visages les plus importants. Merci à elle pour cet entretien !
