La Bretonne Sarah Huchet est de retour : le 25 janvier, elle a refoulé une pelouse de football en compétition pour la première fois depuis l’été 2024. Après de nombreuses galères, celle qui suit en parallèle une formation de la Fifa rayonne à nouveau.
Bonjour Sarah, comment allez-vous aujourd’hui physiquement et moralement après ces années particulières ?
« Honnêtement c’est une question simple mais pourtant difficile à répondre. J’ai beaucoup souffert physiquement, je suis aujourd’hui à un niveau bien meilleur que ce que j’imaginais il y a encore quelques semaines.
C’était presque une fin de carrière et finalement j’enchaîne les entraînements, je commence à jouer en match… Alors, non pas sans douleurs, mais bien moins que redouté. Ce sont principalement des douleurs de reprise, à d’autres endroits que mon genou opéré. Moralement, je vais très bien. Il y a eu des périodes compliquées, on ne va pas se mentir. Entre la douleur, les avis des gens autour de toi, le temps qui passe, les craintes des clubs…
« J’ai une sensation de fierté que je n’avais encore jamais ressentie »
Mais j’ai une sensation de fierté que je n’avais encore jamais ressentie dans le foot. Celle d’avoir continué, envers et contre tout, à croire en moi et d’avoir atteint mon objectif. Je vis ce retour sur les terrains avec beaucoup plus de positivité et de plaisir que quand je jouais avant tout ça. Je savoure d’être là et d’avoir beaucoup grandi et évolué pendant cette longue période, notamment sur mes projets en dehors du terrain. »
Vous avez joué dans plusieurs pays, dont le Portugal où l’expérience semble avoir été mitigée. C’était sportivement intéressant mais dur en dehors, à cause des conditions ?
« Le Portugal oui ça a été super niveau ville, coéquipières, foot, mais les conditions dans le club ont été très, très limite (notamment un logement indécent, NDLR). On va dire que c’était un tremplin pour aller au Mexique, car c’était l’idée en signant au Portugal, mon agent m’avait dit que ce serait plus facile d’aller ensuite au Mexique. »
Comment s’est fait le choix de partir au Mexique, pourquoi à ce moment-là et ce club-là ?
« J’avais envie d’aller au Mexique depuis un moment. Déjà lorsque j’étais à la Fiorentina, j’en avais parlé à mon agent de l’époque, qui m’avait fait comprendre que c’était pas une bonne idée mais moi je sentais que j’avais envie de découvrir ça, cette culture, cette passion pour le foot. À la fin de ma demi-saison au Portugal, je reçois une offre du Mexique et c’est dur de refuser. Ça se fait très vite, à peine le dernier match fini au Portugal, je rentre en France et cinq jours après je suis en route pour le Mexique car les championnats sont en décalé. »
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Après un bon début de saison, vous vivez une nouvelle blessure au genou. Comment l’avez-vous vécu et avez-vous eu un instant peur de ne jamais rejouer ?
« Il y a eu pas mal d’inquiétudes à ce niveau. Soit parce que les clubs qui me voulaient avaient toujours peur du risque en voyant mes comptes-rendu d’opération soit parce que j’avais mal et ce pendant longtemps… tu te poses beaucoup de questions dans ces moments là. »
Vous avez toujours beaucoup bougé dans votre vie mais n’était-ce pas trop difficile à ce moment-là d’affronter une telle épreuve sans proches à ses côtés ?
« Par chance j’ai été super bien entourée au Mexique quand je me suis blessée. J’avais un groupe assez soudé dans mon équipe et grâce à leur soutien et présence au quotidien, je ne l’ai pas mal vécu. J’ai pris le positif. Je suis rentrée chez moi à la fin de mon contrat au Mexique. »
Comment avez-vous ensuite intégré un programme de formation de la Fifa, c’est vous qui les avez contactés ? Et comment s’est passée cette formation ?
« Pour la FIFA, j’ai reçu un e-mail début 2025 pour passer un entretien, je n’avais pas postulé. J’ai même cru à un SCAM. Finalement, j’ai tenté de prendre un créneau d’entretien pour voir et c’était bien réel, l’entretien s’est très bien passé, et j’ai été sélectionnée. La formation est encore en cours et c’est vraiment une opportunité en or. J’ai appris énormément de choses sur la gestion de clubs, les différents rôles exécutifs au sein d’un club, mais aussi sur plein d’autres aspects autour du football. Le gros plus de cette formation c’est le réseau que tu te fais, les connections que tu crées, et tout ça m’a permis à moi même de me développer, de prendre confiance en moi, d’apprendre à me connaître… »
Au final, retour au football cette saison (Sarah Huchet a signé à Puebla), pourquoi n’avoir jamais lâché ?
« Alors, même moi je me le demande, franchement. Tout le monde quasiment me disait qu’il était temps. Mais je n’ai jamais eu le courage de lâcher en réalité, je crois que cela ne fait tout simplement pas partie de qui je suis.
« Quand je n’avais plus espoir ou pas envie, c’était la discipline qui m’empêchait de lâcher. »
Quand je n’avais plus espoir ou pas envie, c’était la discipline qui m’empêchait de lâcher. Si je ne faisais pas ma séance, je me sentais coupable de ne pas tout donner pour réussir donc c’était hors de question. C’était comme si je me mentais à moi même, donc je le faisais pas. On me disait souvent “tu te fixes quelle date limite ?” sûrement parce que les gens sentaient que je ne voulais pas lâcher et qu’à priori il était temps… je disais que je ne m’en fixais pas, que j’aviserai… »
Très concrètement, comment cela s’est-il passé pour ce nouveau contrat, vous avez échangé sur les doutes potentiels sur votre genou ?
« Étrangement, ça a été assez fluide. J’ai eu beaucoup de contacts cet été, qui n’aboutissaient pas soit à cause de ma blessure, soit parce que ce n’était pas le projet qui me correspondait, soit parce qu’au moment de l’offre j’avais pas mal de douleurs. Quand j’ai discuté avec Puebla, ça a été simple, ils m’ont demandé où j’en étais de ma blessure, j’ai expliqué, à ce moment là je me sentais de mieux en mieux, ils m’ont fait l’offre et je suis partie. En arrivant, j’avais quelques craintes évidemment, car tout le monde m’avait plus ou moins fait comprendre que c’était risqué (sauf le centre de réhabilitation où je suis allée les 2 derniers mois, qui m’a beaucoup aidé justement). »
Au-delà des bonnes conditions salariales, qu’est-ce qui vous plaît au Mexique ? Les ambiances ?
« Les ambiances, les fans, tu joues dans de beaux stades, tu voyages pas mal, le championnat est court mais intense et en dehors du foot, j’aime la culture et la mentalité ici. Je m’y sens bien. Même si je pense être du genre à facilement m’adapter car je me suis sentie bien partout où je suis allée, comme en Italie, Portugal, USA, Mexique… »
Qu’attendez-vous de cette saison, surtout de reprendre du plaisir ?
« Honnêtement, je veux juste profiter d’être là, de jouer, de m’entraîner au quotidien. J’en ai rêvé, j’y suis, je compte en profiter. J’ai directement dit à mes proches que même si je n’avais pas une seule minute de temps de jeu, je serais aux anges si je pouvais terminer la saison sans blessure. Et si je devais me blesser, je serais aux anges d’avoir été au bout de moi-même. Au final, des minutes je vais en avoir (Sarah était titulaire ce 31 janvier NDLR) ; mais pour moi le plus important reste de profiter tant que ça dure. On ne sait jamais de quoi demain est fait. »
Propos recueillis par Jérôme Flury
Photo ©Puebla Femenil
