Il y a quelques semaines en ce printemps 2026, la peu connue sélection française féminine militaire a disputé, avec brio, des qualifications aux jeux mondiaux. Particularité dans la sélection, quatre joueuses étaient alors originaires de Grenoble. Rencontre avec Romane Pilot, Louise Grandjean Beylot, Tifanie De Sousa et Grazziella Mazza. Entre la rigueur du cadre militaire, la fierté d’enfiler le maillot tricolore et la complicité développée sous les couleurs du Grenoble Foot 38, elles se confient sans filtre.
Romane Pilot : « Chacune connaissait parfaitement son rôle »

Romane Pilot, la campagne qualificative s’est avérée remarquable pour les Bleues. Qu’est-ce qui a fait la force et la cohésion de ce groupe ?
« Cette campagne a demandé beaucoup de rigueur et de solidarité. On savait que la moindre erreur pouvait coûter cher, donc tout le groupe a énormément communiqué et travaillé ensemble. Chacune connaissait parfaitement son rôle et on s’est battues les unes pour les autres. C’est cette cohésion qui nous a permis d’être aussi solides défensivement ».
La fameuse « connexion GF38 » sur le terrain est-elle un véritable atout tactique en sélection ?
« C’est vrai que le fait de jouer toute l’année avec plusieurs filles du GF38 aide énormément. On se connaît par cœur, on sait comment chacune réagit dans différentes situations et cela crée des automatismes. En équipe de France militaire, cette complicité facilite forcément notre organisation sur le terrain ».
Rigueur, discipline, exigence : comment l’environnement militaire façonne-t-il ton jeu ?
« L’environnement militaire apporte beaucoup de discipline, de rigueur et d’exigence. Il faut être concentrée à chaque instant, respecter les consignes et toujours donner le maximum. Je pense que cela renforce mon sérieux défensif et ma capacité à rester concentrée, même dans les moments difficiles ».
Porter ce maillot tricolore au fil des campagnes : que représente cette continuité pour toi ?
« J’ai intégré la sélection militaire il y a quelque temps déjà. C’est une immense fierté de porter ce maillot et de représenter la France dans cette compétition. J’espère pouvoir continuer à vivre de belles aventures avec ce groupe ».
Louise Grandjean Beylot : « C’était un moment incroyable »

Entre le GF38 et l’équipe de France, les systèmes évoluent. Comment t’adaptes-tu aux choix tactiques en sélection ?
« Le style de jeu en équipe de France militaire est effectivement différent de celui prôné au GF38, notamment au milieu de terrain. Nous jouons avec une sentinelle (6) et deux milieux relayeurs (8), alors qu’au GF38 nous évoluons avec deux 6 et une 10. Cela offre davantage de solutions offensives et permet de se projeter plus facilement vers l’avant, tandis qu’au GF38 nous avons un équilibre plus défensif. Au milieu, nous sommes également très libres dans nos déplacements : nous pouvons facilement permuter, ce qui fait que la 6 peut se retrouver dans la surface adverse et les 8 devant la défense. Tous ces mouvements créent de nombreuses solutions de jeu ».
Si tu ne devais retenir qu’un seul moment de cette semaine décisive ?
« Même si toute la semaine a été exceptionnelle, je pense que le souvenir que je garderai le plus longtemps est celui de l’après-match lors de la dernière journée. C’était le jour de notre qualification et nous avons fêté cela toutes ensemble dans le vestiaire. C’était un moment incroyable ».
Cap sur les Jeux mondiaux ! Quel est le programme pour affiner l’identité de jeu d’ici 2027 ?
« Nous avons un an pour préparer les Jeux mondiaux. Nous allons donc travailler dès que possible lors des stages organisés tout au long de la saison. L’objectif sera de renforcer nos connexions sur le terrain, de progresser tactiquement et d’affirmer encore davantage notre identité de jeu ».
Présente dans l’aventure depuis la saison 2024-2025, quel regard portes-tu sur ton parcours avec le groupe ?
« J’ai commencé les stages avec la sélection militaire lors de la saison 2024-2025, même si nous ne disputions pas encore de matchs officiels contre d’autres nations. J’ai ensuite poursuivi l’aventure tout au long de cette saison ».
Tifanie De Sousa (partie à Saint-Maur cet été) : « Responsabilité et fierté »

Face à un géant comme l’Allemagne, comment gère-t-on la pression pour aller chercher la victoire ?
« Porter le maillot de l’équipe de France militaire apporte une responsabilité supplémentaire, mais aussi beaucoup de fierté. On essaie de rester concentrées sur notre organisation, de communiquer entre nous et de ne pas se laisser emporter par le contexte. Face à une équipe comme l’Allemagne, chaque détail compte. Nous sommes restées solidaires du début à la fin, et c’est ce qui nous a permis de remporter le match ».
Passer du quotidien en club au maillot national : comment aborde-t-on ce changement de repères ?
« Il faut réussir à changer rapidement de contexte. Au GF38, nous travaillons avec un groupe et un projet de jeu que nous connaissons très bien. En sélection militaire, nous retrouvons des joueuses venues de différents clubs, donc il faut s’adapter rapidement. Heureusement, les valeurs sont les mêmes : l’engagement, le collectif et la discipline. Mentalement, représenter la France est toujours une motivation supplémentaire et cela permet de se mettre rapidement dans le rythme ».
Les qualifications en poche, la marche suivante se profile. Quelles sont les ambitions pour la suite ?
« Cette qualification est une belle étape, mais ce n’est pas une finalité. D’ici 2027, il faudra continuer à progresser individuellement et collectivement. Sur le plan personnel, je dois conserver la même exigence afin de me préparer au mieux pour apporter mes qualités au collectif. Ensemble, nous devrons renforcer nos automatismes et conserver cette solidité défensive qui a fait notre force pendant les qualifications. Si nous continuons à travailler avec cette exigence, nous pourrons nourrir de belles ambitions ».
Un an déjà sous le maillot militaire : quel premier bilan tires-tu de cette aventure ?
« Je fais partie de la sélection militaire depuis un an. C’est une expérience très enrichissante qui me permet de représenter la France tout en partageant des valeurs qui me correspondent pleinement ».
Grazziella Mazza : « Être rapide… pour ne pas subir leur puissance »

Irlande, Allemagne… Comment avez-vous fait la différence face à des sélections réputées très physiques ?
« Face à des nations très athlétiques comme l’Irlande ou l’Allemagne, il faut d’abord répondre présente dans l’impact et l’intensité. Au milieu de terrain, chaque duel compte, mais le football ne se résume pas au physique. Mon objectif est d’être intelligente et rapide dans mes prises de décision pour ne pas subir leur puissance. Nous devons imposer notre rythme, gagner les duels importants et rester solidaires collectivement. Quand l’équipe est compacte et disciplinée, même les adversaires les plus athlétiques peuvent être mises en difficulté ».
Esprit de corps et don de soi : en quoi ces valeurs font-elles la différence au milieu de terrain ?
« Ces valeurs correspondent parfaitement au rôle de milieu de terrain. À ce poste, je suis souvent au service du collectif : il faut faire les efforts pour récupérer les ballons, fermer les espaces, accompagner les attaques et parfois effectuer le travail de l’ombre pour permettre aux autres de s’exprimer. L’esprit de corps se traduit par l’entraide permanente sur le terrain, le sacrifice par la volonté de mettre l’équipe avant soi, et le dépassement de soi par la capacité à continuer à faire les efforts, même dans les moments difficiles ».
Voir quatre Iséroises s’envoler vers les Jeux mondiaux : quel signal cela envoie-t-il à la formation grenobloise ?
« C’est un message très fort et très inspirant. Voir quatre joueuses du GF38 atteindre un événement aussi prestigieux que les Jeux mondiaux montre que le travail, la persévérance et l’investissement finissent par être récompensés. Pour les jeunes filles du club, c’est la preuve que leurs rêves sont accessibles et qu’il est possible de franchir toutes les étapes en restant ambitieuses et rigoureuses. Avoir de tels exemples au sein du club est une véritable source de motivation et contribue à faire grandir le football féminin dans toute la région ».
Vous découvrez à peine cette équipe, c’est une intégration rêvée ?
« C’est ma première année en sélection militaire. J’ai effectué mon premier stage en février avec l’équipe de France militaire et je suis très fière de faire partie de cette aventure ».
Propos recueillis par Raphaël Gomez
Photos © FFF et Raphaël Gomez
