Milieu de terrain, Anissa Lahmari est revenue cet été à Soyaux après une parenthèse réussie à Guingamp. Elle a retrouvé un club cependant bien différent de celui qu’elle avait quitté. Après son but qui a offert un précieux succès aux siennes contre Saint-Etienne, elle explique à Footeuses ce début de saison et ses ambitions.
Anissa Lahmari, pourquoi êtes-vous revenue cet été à l’ASJ Soyaux, après un passage convaincant en Bretagne lors du dernier exercice ?
J’ai passé une très bonne saison à Guingamp, on a fait de très bons résultats. J’étais bien avec le staff et les filles. Guingamp possède de bonnes structures, mais malheureusement financièrement, il n’a pas été possible de retenir tout le monde. Le retour à Soyaux s’est fait naturellement. C’est un club que je connaissais mais il y a eu beaucoup de changements en deux ans !
Sans revenir en détails sur l’été de l’ASJ Soyaux (NDLR : une relégation administrative en D2, annulée), est-ce qu’à un moment donné vous avez craint de repartir en D2 ?
Dans mon contrat, il était stipulé qu’en cas de descente en D2 je n’étais plus liée. Mais oui comme je m’étais engagée avec Soyaux avant les vacances, pendant l’été cela a été compliqué. Des joueuses qui devaient venir ne sont pas venues. Le coach à ma signature n’était pas le même que celui à mon arrivée. Il y a beaucoup de chamboulements, encore aujourd’hui, c’est pour ça que les victoires sont très importantes pour le club, pour nous.
« Il y a eu beaucoup de chamboulements, c’est pour ça que les victoires sont d’autant plus importantes. »
Justement, le changement de coach, les arrivées, car il y en a quand même eu plusieurs… Il a fallu du temps pour que tout se mette bien en place ?
C’est un changement d’équipe total. Par rapport à l’effectif que j’ai connu à Soyaux il y a deux ans, seules quelques filles sont encore là. Tout était nouveau. Aujourd’hui on a cherché le nul à Guingamp grâce à un but venu d’ailleurs de Laura. On a pu gagner contre Saint-Etienne. Rien n’est fait et nous allons voir ce qui se passera à Reims.
Tout a changé dans l’équipe… Dont vous, vous n’êtes sans doute plus la même que celle qui était partie de Soyaux. La saison dernière, à Guingamp, est sans doute la plus aboutie de votre carrière. Avez-vous le sentiment d’avoir franchi un pallier l’année passée ?
Le sentiment de Guingamp a été un peu le sentiment du Paris FC mais plus jeune, car j’avais aussi fait une année quasi pleine là-bas. Après Guingamp, je suis sans doute un peu plus mature dans la tête et dans le jeu. Je me suis vraiment bien sentie l’année dernière. Je n’étais pas la seule, c’est tout le groupe qui a été bon, nous avons fini 5e.
« La première année à Soyaux est ma pire saison : j’ai enchaîné les blessures »
Au PSG, j’avais un peu joué avec Farid (Benstiti), après j’ai fait un saut à Reading. Au Paris FC, tout s’est bien passé, puis le PSG m’a demandé de revenir. Mais Echouafni avait déjà des plans de jeu où il était compliqué de s’insérer. Ensuite à Soyaux, j’ai passé ma pire saison, j’ai eu six blessures en moins de deux ans, cela s’est enchaîné. À Guingamp je n’ai eu aucune blessure, et accumuler les matchs, il n’y a pas mieux pour être bonne sur le terrain.
Sur quels aspects de votre jeu pensez-vous avoir franchi un cap ?
On me demandait beaucoup de défendre avant, ce que je ne faisais pas forcément… Avec Fred Biancalani je n’avais pas forcément le choix ! Je dirais que j’ai progressé sur le plan défensif, l’aspect maturité, le fait de temporiser.
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Comment allez-vous actuellement, après quelques pépins physiques ces dernières semaines ?
Je me suis blessée déjà deux fois depuis le début de la saison. C’est compliqué de m’arrêter, de reprendre, d’être de nouveau à l’arrêt… Même aujourd’hui, je ne suis pas encore à 100 %. J’espère que ça va venir pour les deux matchs avant la trêve.
Malgré votre jeune âge (24 ans) vous en êtes à votre neuvième saison consécutive dans l’élite et vous y avez connu quatre clubs. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué comme changement en D1 ?
Ce qui est compliqué pour moi, c’est que j’ai connu directement le très haut niveau au PSG. J’ai pu jouer avec par exemple Shirley Cruz ou encore Tobin Heath. Je pense qu’il y a une évolution médiatique. Après, en ayant connu Paris dès le début, je vois surtout un écart entre le PSG et les autres clubs, c’est dommage parce que ça évolue bien.
Et le titre du PSG ?
Anissa Lahmari est restée longtemps au club de la capitale. Inutile de dire qu’elle a bien apprécié le sacre parisien en championnat en mai dernier. « J’étais plus que contente, j’avais l’impression d’avoir gagné moi-même… J’ai vécu toutes mes années jeunes au PSG, j’ai fait beaucoup d’années en pro avec les filles, j’ai encore beaucoup d’amies là-bas. Sur cette saison, les Parisiennes ont survolé le championnat. Et c’est dommage en Ligue des championnes, elles sont tombées contre un très grand Barcelone. Mais elles ont mérité leur titre national. »
J’espère que la considération pour les joueuses va encore s’améliorer. Et le championnat s’est bien resserré par rapport à avant. Quand j’étais à Paris on pouvait pratiquement gagner tous les weekends, sauf contre Lyon, c’était plus compliqué. Aujourd’hui tout se resserre. Même si Lyon et Paris ne jouent pas le même championnat, toutes les équipes suivantes, c’est compliqué de donner un pronostic avant le match.
« L’équipe de France, j’y pense forcément. »
Vous comptez 10 sélections en équipe de France B, on voit que la liste composée par Corinne Diacre change à chaque rassemblement avec l’introduction de nouvelles… Vous pensez toujours à l’équipe de France ?
J’y pense, forcément. Pratiquement toutes les filles de ma génération y ont été, j’ai fait toutes les sélections jeunes, la B et les U23 dont la dernière l’année passée. Je pense que toute fille passée par ces sélections ou non y pense. Je sais que ça passe par des performances club et individuelles. Donc à moi de faire en sorte de taper dans l’œil de Corinne Diacre. Je pense surtout à ce qui se passe en club, ce que je dois faire pour l’équipe.
Quels sont vos objectifs sur les plans personnels et collectifs ?
J’ai 24 ans et le souhait c’est d’enchaîner tous les matchs de la saison. Cela passera par aider mon équipe, marquer, faire des passes décisives et apporter certaines choses. C’est un groupe jeune et nouveau, tout le monde ne connaît pas la D1, même si d’autres ont de l’expérience comme Siga (Tandia) ou Laura (Bourgoin) qui montrent l’exemple. Et sur le plan collectif, maintenir ce club en D1.
À moyen terme, avez-vous envie de découvrir un autre championnat ? Vous avez déjà une expérience de l’Angleterre avec Reading…
En effet, j’ai découvert le championnat anglais, c’était bien, j’ai beaucoup aimé la mentalité là-bas. C’est vrai que mon jeu est plus basé sur le jeu espagnol, c’est un championnat qui pourrait m’intéresser. J’y ai déjà pensé, mais je n’ai pas encore franchi le pas.
Vous avez inscrit un but décisif contre Saint-Etienne, quasiment un an jour pour jour après votre dernière réalisation en D1 Arkema. Pouvez-vous nous raconter ce but et ce que vous avez ressenti ?
Nous récupérons le ballon. Laura est lancée sur le côté gauche. J’étais assez loin sur le terrain, fatiguée aussi, je me suis dit « vas-y, court ! », en allant vers le but. Laura a mis un super centre, le ballon arrivait devant moi. Je n’ai pas réfléchi, je pense que j’ai mis de la rage dans cette balle vu comment elle est partie. Heureusement que je me suis pas loupée !
C’était un moment de délivrance. Que ce soit moi ou quelqu’un d’autre, tout le monde a célébré comme si c’était soi-même qui avait marqué, parce que ces trois points étaient primordiaux. Maintenant, j’espère que ce sera le début d’autres passes et de buts.
Sur cette saison, c’est le match dont vous êtes le plus satisfaites pour le moment ?
On va retenir celui-là parce que ce sont les trois points, après dans le jeu je pense que nous avons été meilleures sur d’autres rencontres. Le match qui nous a le plus frustrées, encore plus aujourd’hui en voyant leur position au classement, c’est celui de Fleury, chez elles. On perd 1-0 mais on a fait un match assez abouti, nous avons manqué plusieurs occasions. Il nous a laissé beaucoup de regrets.
C’est une confrontation sur le terrain d’un adversaire direct qui se présente, Reims. Avec beaucoup de pression ?
Les deux équipes auront de la pression. J’attends de voir le match, mais je pense que c’est celui où nous avons le concurrent direct le plus fort. Je les ai déjà vues cette saison, c’est une belle équipe.
Propos recueillis par Jérôme Flury
Photos © Pierrickchassine Sport