Alexandra Atamaniuk : « Rien que pour cette fierté dans les yeux de mon fils, je veux continuer longtemps »

Alexandra Atamaniuk, championne du monde U17 en 2012, va retrouver l’élite du football français douze ans après l’avoir quittée. C’est sous le maillot du Téfécé, auteur d’une saison formidable, que la milieu de terrain, également cadre de l’équipe de France de futsal, est aujourd’hui épanouie.

Quelle saison du Téfécé ! Ce groupe impressionne, offensivement, défensivement, que pouvez vous dire sur cette équipe ?

On a fait une très belle saison qui nous a vu être championnes tôt dans le championnat, ce qui nous permet d’apprécier les derniers matchs… même si ce week-end, cela n’a pas trop été le cas (4-4 contre Rodez). La force du groupe est qu’on a fait preuve de régularité. Tous les moments clés, les week-ends où nous savions qu’il fallait qu’on saisisse notre chance, on l’a fait.

Vous connaissez bien la deuxième division, sa densité actuelle rend cela d’autant plus impressionnant ?

C’est vrai que la Seconde Ligue a beaucoup évolué. Après, c’était sans doute l’année pour monter car il n’y avait pas de « grosse écurie » comme Marseille, Lens. On savait que tout le monde pouvait battre tout le monde en effet, que les résultats pouvaient être aléatoires les week-ends, donc c’était notre chance.

Quand vous avez quitté la première division en 2014, vous pensiez qu’il vous faudrait alors 12 ans pour la retrouver ?

Pas du tout, je vis un peu au jour le jour, donc je ne savais pas si j’allais la retrouver tôt, tard, jamais… Je suis aussi venue au Téfécé pour cela, car je voulais y re-goûter.

Vous vous attendez à un championnat très difficile ou vous vous dites aussi que la Seconde Ligue ayant progressé, l’écart sera moins grand en D1 ?

Je pense clairement que ce sera une année très difficile car l’Arkema Première Ligue est un cran au-dessus de la Seconde Ligue, surtout sur le plan athlétique et physique. On s’attend à une année dure et je pense que c’est mieux que nous soyons dans cette optique. On va prendre match après match avec beaucoup d’exigence et de rigueur. Car je pense que si vous montez en Première Ligue en vous disant « on a roulé sur la Seconde Ligue, ça va le faire », on aurait tout faux. Chaque saison est différente et la saison prochaine sera dure, c’est une certitude.

« La saison prochaine sera dure, c’est une certitude. »

Vous avez personnellement beaucoup bougé dans votre carrière, l’Est de la France, l’Ouest, les territoires d’Outre mer… À quel point votre famille et vous se plaisent désormais à Toulouse ?

Je me plais beaucoup à Toulouse. C’est vrai que je ne connaissais pas la région, le Sud n’est pas un endroit où je suis allée plus jeune. Ma famille est bien ici et c’est important.

Vous étiez devenue mère jeune dans votre carrière, la fierté en se disant que votre fils va vous voir jouer en D1 doit être énorme ?

C’est génial, je suis trop contente et lui le premier. C’est incroyable d’avoir pu être maman jeune dans ma carrière. Le sport procure tellement d’émotions. Les vivre avec ses proches, ses parents, son compagnon, les émotions sont déjà décuplées alors avec son enfant… Aujourd’hui, il est certes jeune, mais grand, il comprend, il vit les choses avec moi, et rien que pour ça, je ne suis pas prête d’arrêter le foot !

La montée, il était déchaîné, là il a hâte de lever la coupe au stadium. Il est très fier et c’est ma force aujourd’hui. De voir sa fierté dans les yeux, rien que pour cela, je veux continuer longtemps.

Est-ce que parfois, bien que vous l’emmeniez souvent avec vous, c’est compliqué en termes d’organisation quand vous vous déplacez ?

Pas forcément mais c’est sûr que cela demande de l’organisation. J’ai de la chance d’avoir mon compagnon, ma famille, mon papa qui vient très régulièrement. Quand j’ai besoin qu’il vienne avec moi car je n’ai pas le choix, le club m’accompagne. C’est une organisation mais comme pour des personnes qui ont des emplois du temps particuliers dans leur travail.

Vous avez vécu beaucoup de choses dans votre vie, le titre mondial U17, vous avez vécu les premières Marseillaises de l’équipe de France de futsal, mais cette saison, elle aura quelle place ?

Dans ma carrière, je pourrais ressortir chaque saison, chacune a une saveur particulière. Le titre de championne du monde, c’est le Graal, c’est sûr. C’est sûr que cette saison restera aussi incroyable. Elle est d’autant plus particulière qu’on est montées tôt.

Ce sont des aventures collectives, le titre mondial, c’était sur quelques semaines, là, ce groupe toulousain, vous avez vécu quelque chose de marquant pendant plusieurs mois…

C’est un groupe qui a été soudé. Tout ce qu’on a vécu, la déception de l’année dernière, même si l’objectif n’était pas de monter, mais d’avoir touché de très près la promotion après une saison géniale, on s’était dit que cette année, il ne fallait pas manquer l’opportunité. On a un super groupe.

Moins réjouissant, l’actualité des derniers jours, ce sont les menaces qui pèsent sur la section féminine du DFCO, où vous avez joué, quel est votre sentiment ?

C’est triste. Cela me peine car je faisais partie du groupe de Dijon qui était monté en D1. J’ai de la peine pour les filles, j’ai encore des copines qui y jouent. Beaucoup de peine aussi pour les personnes qui ont œuvré depuis le début de la création de la section. On a joué récemment en coupe de France contre Dijon. J’ai discuté avec des dirigeants qui sont là depuis le début… Je n’aimerais pas être à leur place.

Vous n’êtes pas capitaine à Toulouse mais vous faites partie des cadres, que pensez-vous de l’élan inédit de mobilisation pour les Dijonnaises avec cette tribune des capitaines notamment ?

Je pense que c’est important car si nous ne faisons rien, cela ne bougera jamais. En France, il faut lever la voix pour que les choses évoluent. En France, on a un énorme panel de sportives de haut niveau avec de gros potentiels et c’est dommage qu’on ne leur permette pas d’exploiter encore plus leur potentiel. Il faudrait qu’on prenne en exemple nos pays voisins européens, qui œuvrent sur ce plan.

Vous avez joué dans un autre club « historique », Vendenheim, mais aussi à Brest et Nancy, qui ont tous quitté les divisions nationales, l’écosystème du football féminin français reste fragile ?

Que Vendenheim disparaisse, en soit, c’était la logique des choses. Il faut qu’il y ait de plus en plus de clubs professionnels. Malheureusement, pour Vendenheim, c’est dans l’ordre des choses. Même en D3, nous n’aurons plus que des clubs pros, ce qui est normal. On est dépendantes des garçons. Aujourd’hui, on ne rapporte pas d’argent et nous avons besoin de ce budget pour survivre, évoluer.

Après, pour Nancy, Brest… L’ASNL a bien évolué en D2 sous Biancalani parce qu’il y avait un président, Jacques Rousselot, qui œuvrait pour ses féminines. Quand il est parti, les dirigeants qui ont pris la tête n’avaient pas la même priorité. Ce que je peux complètement entendre, il n’y a pas de soucis. Demain, si je deviens présidente d’un club, peut-être que je voudrais œuvrer pour les féminines et pas pour les garçons comme inversement, cela s’entend, chaque personne met en place certaines choses. D’autant plus quand les présidents investissent leur propre argent, je peux comprendre qu’ils aient envie de faire ce qu’ils veulent.

Concernant le futsal, car la question doit beaucoup vous revenir, comment vous entraînez-vous actuellement et pourquoi n’êtes vous pas inquiète de cumuler ce poste de capitaine de l’équipe de France de futsal et le fait de jouer en Arkema Première Ligue ? Vous seriez la première…

Cela ne m’inquiète pas car l’organisation de l’année prochaine sera la même que cette année. Le club me laisse l’opportunité de m’entraîner une fois par semaine. Il n’y aura aucun problème. Après, c’est sûr que je devrais faire attention, avec la fatigue. Le niveau de la Première Ligue demande de la rigueur supplémentaire, de l’exigence, de l’intensité.

Pas d’obligation pour vous d’être dans une équipe de futsal donc. En revanche, ce championnat qui se met en place, vous vous dites qu’il était temps ?

Bien sûr, c’est un point d’étape important pour l’évolution du futsal féminin en France. Ce sera sans doute très hétérogène au départ, cela évoluera avec le temps mais c’est déterminant qu’on passe par là pour évoluer.

Vous avez 30 ans et on a le sentiment que vous êtes complètement épanouie entre le foot et le futsal, quelle part de plaisir cela vous apporte-t-il au quotidien ?

Ce qui me fait vibrer, ce sont les émotions. Quand vous partagez ces émotions avec un groupe, c’est décuplé. Et je suis ambitieuse, compétitrice. Le sport, c’est ma vie et j’ai besoin d’en faire en compétition. Tant que mon corps suivra, je n’ai pas de raison d’arrêter.

« Le sport, c’est ma vie et j’ai besoin d’en faire en compétition. »

Côté futsal, le groupe de qualification à l’Euro (en octobre, la France jouera l’Espagne, l’Italie et la Slovénie) est très relevé, c’est une chance de montrer la progression de la sélection ?

Tout à fait et l’objectif de l’équipe de France à long terme est de gagner un grand championnat et pour gagner un grand championnat, il faut battre tout le monde. Il faut travailler et ainsi rencontrer les meilleures nations. Là, je trouve cela génial qu’on joue ces équipes. Peut-être qu’on ne se qualifiera pas à l’Euro mais cela fait partie de notre apprentissage.

Pour terminer, la course à la 2e place en Seconde Ligue est très serrée, avez-vous un pronostic ? Saint-Malo va tenir, Lille revenir ?

Saint-Malo est bien parti, elles ont un petit joker. Après, Lille ne va pas lâcher de sitôt. C’est important que nous fassions un très bon match contre Lille pour ne pas avoir un impact sur le championnat. On doit réagir après la prestation contre Rodez. Cela se jouera sans doute entre les deux, même si Le Mans et Auxerre sont là aussi. C’est très serré et les résultats sont surprenants…

Propos recueillis par Jérôme Flury

Photos ©Jérôme Flury

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