Mariam Toloba (FC Nantes) ou l’art du rebond : « J’ai changé de mentalité et décidé de me battre »

Grande espoir du football belge à seulement 15 ans, Mariam Toloba a finalement dû prendre son mal en patience. Formée à La Gantoise, elle a connu un passage mitigé à Anderlecht. Il lui a fallu finalement attendre son passage au Standard de Liège pour exploser aux yeux de la Belgique. L’été dernier, elle rejoint Nantes, une ville qu’elle connait déjà bien. L’attaquante de 26 ans y avait remporté le Mondial Futsal Féminin avec son club local du Besiktas Gent en 2024.

Joueuse clé dans la qualification des Canaris en play-offs d’Arkema Première Ligue et désormais titulaire régulière des Red Flames de Belgique (18 sélections, 2 buts), Mariam Toloba revient sur sa première saison en France, les moments de doutes qu’elle a surmonté, son amour du futsal, sans oublier ses inquiétudes sur l’économie fragile du football féminin. Retour sur le parcours sinueux d’une attaquante spectaculaire, qui a apporté sa science des petits espaces au jeu « à la nantaise ».

Quelle saison ! Joueuse du mois de janvier, impliquée sur 16 buts sur les 18 derniers matchs de Nantes toutes compétitions confondues… Comment vous êtes vous adaptée aussi vite au football français ?

Je suis quelqu’un qui s’adapte vite, que ce soit à un pays ou à un style de jeu. C’était un peu difficile en début de saison car je ne jouais pas à mon poste, mais après j’ai été replacée dans un rôle qui me convenait mieux et tout était plus simple pour moi.

Et en plus avez retrouvé votre ancienne coéquipière Amber Barrett, arrivée à Strasbourg à l’intersaison, avec qui vous avez formé un des duos les plus prolifiques du championnat belge quand vous étiez au Standard (53 buts en deux saisons, ndlr). Vous lui avez donné des conseils ?

Oui bien sûr ! On en rigole encore, c’était un vrai plaisir de la retrouver. En plus d’être une amie proche, c’est une super joueuse. C’est chouette qu’elle ait signé en France, dans une bonne équipe comme Strasbourg.

J’avais justement hâte de jouer contre elle, et je suis surtout contente d’avoir gagné [rires] ! Mais c’est de bonne guerre, c’est ça le football. Elle y fait de belles choses, elle marque beaucoup donc je suis heureuse pour elle.

« J’aime toujours jouer au futsal et je pense même que ça se voit dans mon jeu. »

Juste après votre arrivée à Nantes, Nicolas Chabot annonçait déjà votre jeu spectaculaire à So Foot… Il n’avait pas tort. Comment la confiance de votre coach vous permet de jouer librement tout en respectant le plan de jeu ?

Le coach me donne beaucoup de liberté sur le terrain, je peux exprimer mon jeu. Il voit que ça fonctionne et que ça aide l’équipe. Tout le monde y trouve son compte : Je joue bien pour l’équipe et lui est content qu’on remporte les matchs…

Et cela a permis à Nantes d’atteindre les play-offs d’Arkema Première Ligue, c’était l’objectif fixé en début de saison ?

Quand Nantes m’a contacté l’année dernière, le club avait terminé 7e du championnat. Avant de venir, je savais déjà que c’était un grand club avec de l’ambition. L’objectif était d’accrocher au moins le top 4 ou 5. Mais d’avoir été aussi performantes cette saison, ça reste une vraie surprise pour nous toutes !

On a vraiment une bonne équipe et on doit travailler jusqu’au bout, on verra jusqu’où ça nous mène. Tout est possible dans le football, on doit croire en nous-mêmes et si tout le monde croit au projet alors on peut aller loin.

Votre jeu collectif est plébiscitée cette saison, certains évoquent même le retour du fameux jeu « à la nantaise », ça doit vous parler en tant qu’habituée du futsal ! Et vous avez justement remporté le Mondial de Futsal à Nantes avec votre équipe locale de Gand il y a deux ans. Vous revenez cette année ?

J’aime toujours jouer au futsal et je pense même que ça se voit dans mon jeu. Mais maintenant je ne suis plus toute jeune donc je dois faire un choix. Le football est devenu prioritaire.

Et oui, notre équipe sera de retour pour l’édition 2026 à la fin du mois de mai. Mais je ne suis pas encore sûre d’y participer justement, peut-être que je serai juste coach de l’équipe. Mais c’est toujours bien d’y être, c’est un énorme tournoi, j’ai beaucoup de respect pour le Nantes Métropole Futsal et l’organisation de ce type de tournoi.

Vous n’arrivez plus à trouver l’équilibre avec le futsal ?

Au début je pouvais gérer, mais quand tu deviens pro, les semaines deviennent chargées, on s’entraîne tous les jours. En plus, les entrainements sont plus durs en France qu’en Belgique. Et sur un mois ça peut être encore plus intense quand je suis appelée en sélection.

Donc à un moment donné, il faut écouter son corps, commencer à se comporter comme une pro et faire en sorte d’être en bonne condition physique et tout donner pour son club. Ma priorité aujourd’hui c’est Nantes et la sélection belge. Rajouter le futsal à tout ça, c’est un peu trop.

Par votre implication dans le Besiktas Gent, vous montrez que vous restez très attachée à vos racines gantoises ? Est-ce aussi une affaire de famille ?

Dans mon quartier d’enfance à Gand, tout le monde jouait dans la rue. Donc je suis vraiment née avec. Et toute ma famille joue au football, mes frères et ma sœur aussi. On est une famille de football.

Je viens de loin donc je n’oublie pas d’où je viens. Je suis longtemps restée dans le championnat belge pour rester proche de ma famille. Mais après toutes ces années, je sentais que c’était le moment de franchir un palier et c’est pourquoi je suis venue à Nantes.

« Je n’étais pas bien mentalement. Mais après ces années difficiles, j’ai beaucoup discuté avec ma famille. j’ai changé de mentalité et j’ai décidé de me battre pour revenir au top. »

Vous avez connu une éclosion rapide à seulement 15 ans avec La Gantoise en D1 belge, un de vos buts avec la Belgique U17 a même été nommé parmi les buts de l’année par l’UEFA en 2015. Mais après les U19, et malgré votre transfert à Anderlecht, vous avez dû attendre six ans avant d’être sélectionnée chez les A, comment avez-vous géré cette longue attente ?

En fait je n’étais pas en bonne condition physique. Et dans ma tête, je n’étais pas à 100% dans le football. En fait, plus globalement, je n’étais pas bien mentalement. Tout ça faisait que je ne jouais plus en équipe première (notamment lors de la saison 2022-2023 avec Anderlecht, sa dernière avant de rejoindre le Standard, ndlr), c’était ma responsabilité. Mais après ces années difficiles, j’ai changé de mentalité. J’ai beaucoup discuté avec ma famille pour fixer un cap, comprendre quels objectifs je voulais atteindre dans ma carrière.

Ensuite, je me suis entrainée dur, je suis devenue plus pro, j’avais une vie plus saine, et je me suis entourée des bonnes personnes. Ça m’a beaucoup aidé à revenir au top (Elle a inscrit 24 buts en deux saisons avec le Standard et a été élue joueuse du championnat à l’issue de la saison 2024-2025, ndlr). Et c’est comme ça que j’ai été rappelée en équipe nationale, grâce à tous les efforts que j’ai fournis.

Vous ne pensez pas avoir reçu trop d’attention en début de carrière ?

Non, l’attention n’était pas le problème. Je suis humaine, je veux être là pour ma famille aussi. Et quand on est une femme dans le football, on n’est pas toujours bien payée. Je devais bosser le matin et m’entraîner l’après-midi. Dans ces conditions, on n’est pas vraiment pro.

Donc c’était très dur. Mais quand j’ai eu le déclic, j’ai changé de mentalité et j’ai décidé de me battre. Maintenant je suis sur la bonne voie, et j’en suis reconnaissante.

« Représenter la Belgique a toujours été mon objectif. J’y ai grandi et c’est le pays de ma mère, c’est spécial. Mais je suis aussi Ghanéenne et fière de l’être ! »

Vous avez la double nationalité avec le Ghana par votre père, avez-vous envisagé de représenter les Black Queens pendant cette attente ?

Mon agent a eu des contacts avec le Ghana, oui. Mais j’ai grandi en Belgique et j’y ai fait toutes mes sélections juniors donc je voulais être patiente. Je savais que si je travaillais dur, j’aurais de nouveau ma chance en sélection. Représenter la Belgique a toujours été mon objectif.

Et ma mère vient de Belgique et elle a toujours joué un rôle important dans ma vie. Donc, représenter mon pays et le sien, c’est quelque chose de spécial, c’est magnifique même. J’ai su faire preuve de patience et je pense avoir fait le bon choix. Mais ça ne change pas le fait que je suis aussi Ghanéenne et fière de l’être !

Vous avez participé à votre première grande compétition avec la Belgique l’année dernière à l’Euro, la troisième participation de son histoire. Mais les Red Flames ne se sont jamais qualifiées pour une Coupe du Monde, vous y croyez pour 2027?

On a un effectif de qualité. Tout ne se passe pas toujours comme prévu mais je crois qu’on a ce qu’il faut pour y arriver. Notre objectif, c’est la qualification en Coupe du Monde.

Ce ne sera pas facile c’est sûr. Mais c’est pour ça qu’une qualification serait encore plus belle. On a deux matchs contre le Luxembourg en juin, on va tout donner pour se mettre dans les meilleures dispositions avant les barrages. Ensuite, on verra ce qui nous attend.

« Ce sont toujours les femmes qui payent le prix. J’ai regardé le match de Dijon, et même si je ne connais pas ces filles, ça me touche de les voir en pleurs. Quand une section féminine est menacée, ce n’est pas bon pour le football. »

Quel est votre regard sur l’état du football féminin belge et français ? En Belgique, cinq clubs pros ont retiré leur section féminine de D1 ces dernières années, notamment le Sporting Charleroi, le White Star Woluve, Malines, et dernièrement Westerlo. Votre ancien club, le Standard, a même failli passer à l’acte cette saison. En France, des clubs ont connu pareil destin comme Soyaux et Bordeaux. Aujourd’hui la section féminine de Dijon est menacée… cela vous inquiète ?

C’est tellement triste de voir ça. Et ce sont toujours les femmes qui en payent le prix. C’est difficile à voir parce que les équipes féminines font toujours de leur mieux. Mais pour certains clubs, la situation est vraiment compliquée. Aujourd’hui, il y a beaucoup de joueuses de talent qui n’ont pas d’équipe. Mais à mon niveau, je ne peux pas faire grand chose.

J’ai regardé le match de Dijon face au Paris FC la semaine dernière. Et même si je ne connais pas ces filles, ça me touche de les voir en pleurs. Parce qu’elles s’entraînent tous les jours, travaillent dur. Elles aiment jouer au football. Et quand ce genre de choses arrive, on doit rester soudées et toutes se mobiliser pour agir contre ça. Parce qu’on doit développer le football féminin. Quand une section féminine pro est menacée, ce n’est pas bon pour le football.

Propos recueillis par Julien Helle-Nicholson

Photos © FC Nantes / Nathalie Querouil

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