Arkema PL : Pourquoi Montpellier n’y arrive pas ?

Dernières de l’Arkema Première Ligue, changement d’entraîneur en pleine course au maintien, gardiennes internationales blessées, retour progressif d’une capitaine emblématique : le Montpellier Hérault Sport Club Féminines traverse l’une des périodes les plus troubles de son histoire récente.

Mais au-delà des circonstances, une question demeure : pourquoi le MHSC n’y arrive pas ?

Une mauvaise gestion de l’accessibilité et de ses médias

Le compte « MHSC féminines officiel » a fait son apparition sur les réseaux en octobre 2025, une date bien tardive par rapport à de nombreux autres clubs français. Date qui coïncide avec son rachat par CRUX football. Par exemple, le FC Nantes maîtrise l’accessibilité et la médiatisation à vitesse grand V, offrant à la Beaujoire le plaisir de supporter son équipe féminine lors des gros matchs.

La section féminine du MHSC – bien qu’installée en D1 au contraire de ses homologues masculins – voit ses matchs relocalisés au Stade Bernard Gasset du complexe sportif de Grammont. Un endroit charmant mais situé en périphérie de la ville et extrêmement mal desservi. Une seule ligne de transport passe par là et se trouve souvent bondée car elle vient du centre commercial Odysseum. En pratique, n’importe qui voulant rejoindre le stade depuis le centre ville mettrait plus d’une heure, davantage en venant de l’autre bout de Montpellier. L’équipe féminine n’a eu l’occasion de jouer à La Mosson qu’une seule fois sur ces deux dernières années. On ne peut donc se rendre aux matchs qu’à condition de posséder une voiture ou de connaître quelqu’un qui conduit. D’un match à l’autre, les tribunes sont presque vides et rares sont les supporters qui parviennent à être fidèles aux rendez-vous de leur équipe. Parfois, hors géants comme l’OL Lyonnes ou le PSG, il y a davantage de fans adverses que de soutiens à Montpellier.

Une instabilité structurelle

Négligée par son président et ses supporters, la section féminine se voit sans renforts depuis l’an dernier. La moitié des joueuses du onze type n’a pas plus de 20 ans (Agathe Felden, Chiara Baylet, Ceylin Yilmaz, Lola Gstalter, Justine Rouquet et Rose Kadzere).

Le départ de Yannick Chandioux a acté une forme d’échec sportif. Son remplacement en intérim par Baptiste Merle, présent au club depuis six ans, offre une continuité humaine, mais révèle aussi l’urgence de la situation. L’arrivée de Laura Agard – ancienne joueuse du club – au poste de directrice sportive, s’inscrit dans une volonté de reconstruction identitaire.

Quant à Baptiste Merle, récemment nommé, il sera accompagné de Brian Cottet (entraîneur gardiennes), Aurélien De Wiet (analyste vidéo) et Allex Humbertclaude (préparateur physique). Des personnes très compétentes à leur poste mais qui n’ont aucune expérience en tant qu’entraîneurs adjoints.

Tout cet effectif, des joueuses en passant par le staff, est plein de talent mais ces informations témoignent d’un manque flagrant de structure au sein du club.

Pour une fois le message est clair : Montpellier cherche à se recentrer sur ses fondations et à poursuivre dans la voie de la professionnalisation. Mais dans une course au maintien, le temps manque et il semblerait que le club accuse un gros retard sur ses voisins d’Arkema première ligue. L’ancienne gestion unilatérale des sections masculines et féminines risque sans doute de les faire payer d’une relégation injuste.

Un projet de jeu trop restrictif

Revenons à des considérations sportives. Depuis plusieurs saisons, le MHSC s’est enfermé dans un pragmatisme défensif : bloc bas, transitions rapides, exploitation des fulgurances individuelles. Sur le papier, cela peut fonctionner. Mais dans les faits, cette approche limite l’équipe.

Montpellier possède pourtant un effectif capable de mieux. Contre au moins la moitié des équipes du championnat, le club pourrait assumer davantage la possession, installer un pressing cohérent, et construire avec patience. Au lieu de cela, trop de séquences se résument à des ballons longs, des duels aériens, et une attente d’exploit individuel des pépites offensives que sont Rose Kadzere et Justine Rouquet.

Or, une vérité simple s’impose : pour gagner, il faut marquer. Et pour marquer, il faut se créer des occasions.

Le cœur du problème est peut-être là. Trop souvent, le ballon saute le milieu. Ouchène, Coquet, Blanc – des profils capables d’organiser, d’orienter, de temporiser – sont insuffisamment sollicités dans la construction. Résultat : pas de structure offensive claire. Pas de circuits préférentiels identifiables. Pas de répétition dans les appels. L’attaque semble vivre au rythme de l’inspiration du moment plutôt que d’un cadre collectif assumé.

Dans un championnat qui se professionnalise à grande vitesse, l’improvisation ne suffit plus.

Des absences qui se remarquent

Les blessures des deux gardiennes internationales, Justine Lerond et Marie Petiteau, ont évidemment pesé. Le retour de Marion Torrent, après sa grossesse, est une bonne nouvelle. Même si elle n’est pas immédiatement à 100 %, son leadership et sa qualité technique peuvent apporter de la sérénité dans la relance et de la sagesse dans le vestiaire.

Yannick Chandioux avait dû aligner Ella Palis en défense centrale à de nombreuses reprises, symbole du manque cruel de profondeur à ce poste. Heureusement, les arrivées d’Aude Bizet et Grace Gillard vont probablement ôter l’ancienne joueuse de la Juventus d’un poids. De manière générale, le recrutement du mercato hivernal arrive à point nommé et les montpelliéraines devront désormais se concentrer sur l’objectif principal de leur saison.

Se sauver… et repenser

À court terme, l’objectif est simple : le maintien. Dans ce contexte, le pragmatisme peut redevenir une arme. Mais à moyen terme, Montpellier devra se poser une question plus profonde : quelle équipe veut-elle être ? Y aura t-il bientôt une séparation symbolique telle que celles initiées par les Marseillaises et l’OL Lyonnes avec leurs sections masculines ? La section féminine de Montpellier est-elle condamnée à attendre que son président lève le petit doigt pour la sortir de l’agonie ? Son récent rachat peut-il la sauver ?

Sportivement, le potentiel est là. Plusieurs joueuses ont les qualités pour devenir des références de l’Arkema Première Ligue. Mais elles doivent être placées dans un cadre cohérent, guidées, responsabilisées dans un projet offensif assumé.

Montpellier n’échoue pas faute de talent.
Montpellier échoue faute de projection collective.

Et c’est peut-être là que tout commence.

Charlie Tott

Photo © Montpellier Héraut Sport Club


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