Formée entre Bordeaux et Toulouse, Chloé Zubieta a connu un début de carrière intense, marqué par ses sélections en équipe de France U16 (4 sélections, 1 but) puis U17 (2 sélections, 1 but). Mais ce rythme effréné s’est révélé difficile à tenir pour l’adolescente. Repositionnée au milieu lors de son passage à Saint-Malo, l’attaquante de formation pense enfin lancer sa carrière. Mais la Basque doit encore patienter après des passages décevants au FC Metz puis à Zulte Waregem, en D1 belge.
C’est finalement en D3, au RC Roubaix-Wervicq, que Zubieta trouve un nouveau souffle. Séduite par le projet du club et de retour à la pointe de l’attaque, elle doit malgré tout passer par un temps d’adaptation avant d’exploser en fin de saison. Des doublés libérateurs face à Bourges puis Sarcelles permettent non seulement à Roubaix d’entretenir ses espoirs de montée en Seconde Ligue, mais aussi à l’attaquante de 25 ans de mesurer les fruits de son travail acharné. Rencontre.
Vous vivez une fin de saison haletante, à la lutte pour la montée en Seconde Ligue avec Bourges. Comment l’équipe vit cette fin de saison ?
On est stressées. C’est très compliqué d’être tout le temps au même niveau, d’enchaîner les victoires. On sait qu’on n’a pas le droit à l’erreur parce que Bourges suit aussi.
Et quand on a joué contre elles fin avril, elles nous attendaient en bloc bas. On avait préparé ce match, mais devant leur public, c’est toujours différent. Les deux penalties nous ont fait mal. Le deuxième a été arrêté par notre gardienne et nous a redonné un peu d’énergie, mais mentalement ça nous a touchées.
Cette deuxième partie de saison a été plus compliquée pour nous, on a fait pas mal de matchs nuls et perdu notre premier match contre Caen (3-0, le 29 mars dernier).
Vous ne vous attendiez pas à être en tête ou en lutte pour la montée en début de saison ?
La montée en D2 était l’objectif annoncé par le président et par le staff dès le début de la saison. On le savait. Mais être leader, c’est toujours compliqué à vivre parce que tout le monde nous attend. Et les adversaires, même les derniers, on ne comprend pas pourquoi ils sont derniers. Ils jouent leur survie et donnent tout sur le terrain. Chaque match est important car tout le monde veut nous battre, ce n’est pas simple. Et puis on a l’impression d’être épuisées aussi, physiquement, mentalement, émotionnellement…
« Ma célébration Vient du catcheur Santino Marella. C’était un délire avec une copine. à la fin de ses combats, il fait le cobra. Alors à chaque fois qu’on marquait, on se faisait Cette dédicace. »
Et là, le second souffle de Roubaix en cette fin de saison, on peut dire que c’est un peu aussi grâce à vous ? Un doublé à Bourges le mois dernier, un doublé à Sarcelles il y a deux semaines…
On m’a donné plus de temps de jeu, on m’a accordé une certaine confiance que je n’ai pas reçue dès le début de la saison. Un nouvel adjoint est arrivé et a su m’accorder cette confiance. Il a su me dire les choses droit dans les yeux. À partir de là, j’ai fait mes preuves sur le terrain, et maintenant je suis récompensée par le travail que je fournis depuis le début de la saison.
C’était frustrant d’être sur le banc. J’ai voulu prouver que j’avais ma place sur le terrain. Je ne disais rien et je travaillais. L’équipe a su me faire confiance sur le terrain, et m’aider à marquer les buts. Que ce soit l’équipe ou le staff, ils ont su me faire confiance. J’espère que ça va le faire jusqu’à Orléans (dernière journée de D3 le dimanche 31 mai).
Avec tous vos buts, on redécouvre votre célébration…
Ma célébration date (rires) ! C’est le cobra. C’est une célébration qui remonte à mes 15 ans. En fait, c’était un petit délire avec une copine. Quand on était au Pôle Espoir à Blagnac, on regardait le catcheur Santino Marella. Il avait mis son adversaire KO par terre et, à la fin de son combat, il a fait le cobra. Il a jeté son venin et achevé l’adversaire.
Cette copine jouait au TéFéCé à Toulouse et moi aux Girondins de Bordeaux. On se disait qu’à chaque fois qu’on marquait, on se faisait une dédicace via les réseaux en faisant le cobra.
On redécouvre cette célébration aussi parce que vous étiez restée muette ces dernières saisons. Comment avez-vous traversé ce début de carrière délicat ?
En fait, c’est toujours la même chose. C’est une question de confiance avec le coach. À Saint-Malo, il m’a très bien formée et c’est là que j’ai changé de poste, je suis passée milieu. Il a su me faire confiance, progresser. À Metz, on ne m’a pas fait confiance. Peut-être qu’il y avait trop de concurrence au milieu.
En Belgique, c’était délicat. J’ai eu du mal à m’adapter à la mentalité flamande. J’ai vécu une sale saison. J’ai été très déçue par le club. Même récemment, une Française qui avait fait six mois était déjà partie. C’est difficile de s’adapter en Flandre quand on est étrangère, notamment Française.
En réalité, cela fait deux ans que je galère à me prouver. À Roubaix, le projet m’intéressait. Être en troisième division pour gagner des minutes, montrer qui je suis et remonter mes stats. J’en avais besoin.
« Quand vous passez deux saisons blanches, la perte de confiance est énorme. Mentalement, c’est dur. Il fallait que je descende d’un niveau pour me remettre bien. »
Qu’est-ce qui vous manquait ?
Quand vous passez deux saisons blanches, la perte de confiance est énorme. Mentalement, c’est dur. Il fallait que je redescende d’un niveau pour me remettre bien, retrouver mon poste idéal, en attaque, et pouvoir ensuite évoluer. Et si on monte en D2, c’est parfait. C’est tout ce que je voulais dans ma carrière.
Votre carrière avait pourtant bien commencé…
J’ai eu de la chance, j’ai joué pendant dix ans en mixité. J’ai vécu mes plus belles années avec les garçons à Saint-Martin-de-Seignanx, à dix minutes de Bayonne. Ensuite, j’ai dû choisir entre un centre de formation et un Pôle Espoir à 15 ans. J’ai été prise au Pôle Espoir de Blagnac, à Toulouse. J’ai fait ma formation là-bas pendant trois ans.

Qu’est-ce qui vous avait motivée à jouer au football à la base ? Dans le Pays basque et les Landes, il n’y a quasiment jamais eu de clubs féminins dans les divisions nationales.
Je n’arrive même pas à y croire à cette histoire-là. J’avais 4 ou 5 ans, c’était l’été et on était dehors dans le jardin chez ma mère. Ma grande sœur jouait au ballon et le fait de la voir jouer avec un ballon, j’ai été addict d’un coup. J’ai voulu lui piquer le ballon et après je m’amusais tout le temps à la dribbler.
Je ne sais pas pourquoi, dans ma famille personne ne joue au foot. Personne. Ma mère faisait de la danse, du cabaret, et mon père faisait de la chistera, du surf et de la moto. C’est juste qu’à ce moment-là, j’ai été obnubilée par ce ballon dans mon jardin. Et là, j’ai dit : « Maman, je vais faire du foot. » Ce à quoi ma mère répond : « Mais les filles ne jouent pas au foot. »
Et je l’ai tellement saoulée tous les jours avec ça qu’elle a fini par se renseigner. Dans le premier club à côté de la maison, à trois kilomètres, il n’y avait que des garçons. Elle parle avec le président qui demande que je fasse un essai. Après l’essai, le président ne voulait plus me lâcher. Je voulais dribbler tout le monde. J’étais comme une folle avec ce ballon sur le terrain. C’est vraiment là où tout a commencé. J’ai fait dix ans avec eux, avec le même club de Saint-Martin-de-Seignanx. On a même joué jusqu’en régionale, en U13 et en U15.
Et vous étiez donc la seule fille dans ce club mixte ?
J’ai joué toute seule pendant longtemps, oui. Mais je me sentais tellement seule que j’ai essayé de faire venir des filles. J’ai finalement réussi à faire venir sept filles, dont des jumelles, une copine dans mon école primaire… J’étais vraiment contente. Ensuite, elles sont parties vers les clubs féminins qui se sont créés à Bayonne et Anglet.
Et ensuite peu après votre arrivée au Pôle Espoir vous êtes déjà sélectionnée en équipe de France avec les Bleuettes. Comment êtes-vous repérée si vite ?
Les Pôles Espoir sont reliés à la FFF. Ils surveillent de près les joueuses. À l’époque, il n’y en avait que sept en France. Ma première année a été très dure mentalement. Partir de la maison à 15 ans, loin de la famille… j’ai vraiment bataillé au début. C’était un sacré rythme : Pôle Espoir la semaine et les Girondins en U19 le week-end, j’étais surclassée.
Ensuite j’ai connu l’équipe de France U16 et U17. En U16, j’ai fait des tournois comme la Nordic Cup. On était arrivées en finale, j’avais adoré l’expérience. En U17, on a fait l’Euro mais on a été éliminées au goal-average avant la phase finale. Cette phase préliminaire s’était déroulée près de chez moi à Dax. J’avais mes amis, ma famille, tout le monde était venu. C’était incroyable.
Mais en équipe de France, c’était compliqué parce que j’étais sur le banc alors que j’étais titulaire en club. Je perdais mes moyens, je ne comprenais pas pourquoi. J’étais jeune, je n’avais pas encore le mental.
« je vivais dans les trains. Je n’ai pas eu le temps d’apprécier mon adolescence. À 15 ans, je voyageais tout le temps et toute seule. J’ai vite connu la vie active, la vie d’adulte. »
Un rythme infernal dès vos 15 ans, ce n’était pas trop dur ?
Très dur, je vivais dans les trains. À Toulouse, du lundi au vendredi. Le vendredi, je rentrais chez moi à Bayonne jusqu’à dimanche matin. Et après je partais à Bordeaux pour avoir le match à 15 heures. Et pour finir, je faisais Bordeaux-Toulouse pour rentrer le dimanche soir à l’internat du Pôle Espoir. Parfois, ça m’arrivait même de ne pas rentrer le week-end chez moi à Bayonne. Je faisais directement des allers-retours Toulouse-Bordeaux.
Donc votre carrière a aussi été un parcours de vie pour mieux vous connaître ?
C’est vrai que grâce au football, on grandit déjà plus vite. Tous mes amis sont plus âgés que moi par exemple. Le directeur du Pôle Espoir m’a fait mûrir plus vite que tout le monde, j’avais un décalage de maturité. Je n’ai pas eu le temps d’apprécier mon adolescence. À 15 ans, je voyageais tout le temps et toute seule, le train, l’avion aussi. J’ai vite connu la vie active, la vie d’adulte.
Mais vous avez 25 ans, vous êtes encore jeune…
Oui, je suis encore jeune. Je n’avais pas le même agent à l’époque. Après les Girondins, il me conseillait de me diriger plutôt vers une D2 pour mes performances à 17 ans. J’ai donc fait deux ans aux Girondins puis j’ai signé au Toulouse FC. Malheureusement, je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu parce que la semaine, j’étais toujours au Pôle Espoir. Donc le week-end, c’étaient les joueuses qui étaient là en semaine qui étaient titulaires. Ensuite, j’ai fait deux ans de D2 à Mérignac-Arlac avant de signer à Saint-Malo, toujours en D2.
Donc là, c’est le premier grand départ du Sud-Ouest…
Alors Saint-Malo, c’était incroyable ! Un club familial avec une très bonne mentalité. Comme je vous ai dit, le coach m’a fait confiance, il m’a fait progresser, je m’entendais bien avec lui.
Mais on a vécu une saison particulière parce que cette saison-là, il y a eu cinq descentes pour créer la D3. Donc même si on est arrivées sixièmes, on est descendues en D3. À ce moment-là, j’ai eu des propositions de pas mal de clubs et j’ai décidé d’aller au FC Metz.
Vous n’êtes donc pas trop surprise de voir monter Saint-Malo en Arkema Première Ligue cette saison…
Non, elles ont fait un bon recrutement. Elles ont une bonne équipe, on les a jouées en Coupe de France avec Roubaix. On a vu que c’était bien rodé tactiquement, elles se déplacent bien. J’avais pu discuter avec des personnes de Saint-Malo à ce moment-là, et ils m’avaient dit qu’ils voudraient bien être dans les trois premières. L’objectif est bien atteint, donc ça ne m’étonne pas.
Et pour votre passage à Metz, après Saint-Malo, vous étiez surtout très suivie sur TikTok et Instagram, notamment. Pourquoi c’était important ?
Je ne sais même pas comment c’est venu, mais j’avais l’impression que les gens aimaient me voir dans le maillot du FC Metz. Donc quand tu as cette impression-là, pourquoi arrêter ? J’ai fait une petite formation sur les réseaux sociaux et j’ai commencé à faire des Reels. Certains ont dépassé les trois millions de vues. J’ai aussi eu quelques collaborations, par exemple pour personnaliser des crampons ou des protège-tibias.
Mais Metz n’a pas apprécié, donc j’ai arrêté. Et comme je jouais peu, on me disait que je faisais plus de TikTok que de football. Pour moi, ça n’a rien à voir. Les entraînements, c’est les entraînements et en dehors, je fais ce que je veux. Je pense qu’il y a encore une différence de vision. Certains clubs ont une approche plus ancienne. Aujourd’hui, ça change. Les clubs comprennent l’intérêt des réseaux, pour faire connaître les équipes et attirer du monde.
Même les clubs professionnels incitent à faire venir des vidéastes ou des community managers pour filmer, faire des trends, lancer des tendances. C’est comme ça qu’ils font connaître l’équipe féminine. Quand vous regardez Toulouse, par exemple, ils ont une superbe équipe qui filme les entraînements, les tendances. Vous voyez même les joueuses dans la salle de musculation, c’est amusant. Les réseaux, c’est pour se divertir. Ce n’est pas parce qu’on fait ça que c’est un manque de professionnalisme.
D’ailleurs maintenant que vous êtes au Roubaix-Wervicq, qui a la particularité d’être un des rares clubs 100 % féminins à ce niveau, vous sentez la différence avec des clubs comme Bordeaux, Toulouse ou Metz ?
Oui, c’est sûr que tout est dédié à notre équipe. Mais dans les clubs pros masculins, les directions sont séparées aussi. J’ai toujours eu un directeur général et un président pour la section féminine, indépendants des garçons. Ici, il n’y a juste pas la même expérience du haut niveau, mais c’est normal. Au niveau financier, infrastructures ou transports, c’est parfois plus compliqué aussi. Moi, je finis une alternance en enseignement (MEEF), je travaille aussi, donc si on rentre en pleine nuit avec le bus, ce n’est pas simple le lendemain.
Pour finir, vous venez de sortir une marque avec votre agent ?
Oui, il avait déjà l’idée de créer sa propre marque. Et moi, avant de signer avec lui, j’avais déjà mon idée de créer ma marque en reprenant la célébration cobra. Il s’était déjà engagé dans les démarches et je me suis dit : « Pourquoi pas le rejoindre dans son projet ? »
Donc on s’est donné cet objectif-là de mettre en avant la marque FW. On a sorti des ensembles jogging, pull, t-shirt. Mais on a encore plein d’idées en tête.
Comment vous vous êtes réparti les rôles ?
« On discute ensemble des investissements, du marketing. Sinon, lui a ses petites tâches administratives. Moi, je gère un peu les réseaux, mais on se partage tous les rôles. Après, j’attends vraiment la fin de saison de foot et mon master à valider cet été pour me mettre encore plus à fond sur la marque. On est vraiment contents des résultats pour l’instant.
Et sinon, entre la carrière les projets perso… vous avez un jour envie d’y retourner dans le Sud-Ouest ?
Oui, la région me manque beaucoup. Il n’y a pas mieux, faut se le dire. Après, je fais ce que j’ai à faire dans le foot pour ne pas avoir de regrets. Et je retournerai chez moi quand le moment viendra. C’est ce que je me dis. Et puis, qui me dit que demain, Bayonne ne sera pas en D2 ou D3 ?
Propos recueillis par Julien Helle-Nicholson
Photos © Corenthyn Demor / RC Roubaix-Wervicq
