« Impossible de trouver un modèle équilibré » : la chute de Dijon, une illustration des soucis de fond du football féminin français ?

Deux pas en avant, un autre en arrière ? Alors que le football féminin cherche depuis des années le bon modèle et que la France met en place des éléments, tout reste fragile, comme le montre la faillite du DFCO.

C’est un communiqué officiel qui a dû être difficile à écrire. Mais Dijon l’a étayé, développé, argumenté, livrant un texte de près de 4000 caractères, certainement le dernier concernant sa section féminine élite, qui sort de deux superbes saisons sur le plan sportif. Deux saisons… qui ne lui rapportent rien.

Comme beaucoup de clubs pro, c’est bien l’équipe masculine qui apportait les garanties nécessaires au maintien de l’équipe féminine à ce niveau. « Le déficit annuel des féminines, qui s’élève à 1,5 million d’euros, reposait jusqu’ici presque exclusivement sur la section masculine et leurs droits télévisés, puis sur les apports personnels du propriétaire lors des deux dernières saisons (alors que les masculins évoluaient en National, qui ne dispose pas de droits TV, NDLR). »

C’est la réalité que peu de monde accepte de regarder en face : le football au féminin rapporte encore trop peu en France. La Fédération procède par annonces, une convention collective a été mise en place, les joueuses voient leurs droits s’améliorer, mais côté argent, tout est bien plus difficile.

154 spectateurs payants en moyenne !

Une nouvelle coupe, la coupe de la LFFP, a été par exemple mise en place cette saison et le DFCO a heureusement pu accueillir son quart (contre Nantes) et sa demie (contre OL Lyonnes) mais ce joli parcours n’a pas apporté de beurre aux épinards, pas plus que la participation au dernier carré du championnat quelques mois plus tôt. « Cet échec doit collectivement nous interroger (…) : à Dijon, par exemple, seulement 154 spectateurs payants par match, une recette billetterie de 15 000 euros par saison, pour un budget total de 2,7 millions d’euros. »

Que fait la ligue pour défendre son fleuron ? Difficile de le dire. La Ligue BFC se satisfait sans doute d’avoir accueilli les Bleues deux fois en cette saison 2025-2026 et de mettre en place des « Assises du football féminin » mais les clubs restent souvent bien seuls au quotidien.

Le problème, comme le démontrent les exemples partout ailleurs comme à Reims, n’est cependant pas celui d’une région. Molsheim, qui vient de retirer son équipe féminine des divisions nationales, fait face aux mêmes soucis du quotidien, encore plus prégnants quand l’équipe masculine joue dans des niveaux plus bas. La réalité fait mal mais le football féminin ne rapporte pas. Et en même temps, le football masculin professionnel traverse aussi une période trouble, ce qui conduit des clubs à dissocier leurs deux entités, comme à Marseille, à Lyon, à Montpellier (ce qui permettra peut-être à ces équipes de ne plus être une variable d’ajustement). Le DFCO aussi le reconnaît en une phrase, s’il a pensé que la montée de ses joueurs en Ligue 2 aurait pu aider, « la crise des droits télévisés – divisés par quatre en deux ans – a rendu ce financement impossible ».

« Il y avait eu aussi un certains nombre de problèmes dans d’autres clubs, où nous sommes intervenus. (…) Jusqu’à maintenant, on a toujours trouvé des solutions. On a participé de près à Dijon à la mise en contact avec des investisseurs étrangers », avançait, pas très inquiet, Jean-Michel Aulas, patron de la LFFP, lors de la cérémonie annuelle des prix de cette dernière le 18 mai. « Ma dernière », soufflait Noémie Carage en arrivant avec la petite délégation dijonnaise. L’ex-capitaine a heureusement trouvé un nouveau défi en Suisse… Le cas dijonnais aura permis une belle mobilisation collective sur quelques jours, qui n’aura donc pas permis de sauver l’équipe. Quelle sera la prochaine ? Faut-il se préparer à souffrir chaque été ?

Jérôme Flury

Photo © Footeuses /Alice Gilloots

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