Déjà 7 buts en Seconde Ligue : Wissem Bouzid, l’attaquante qui s’est imposée à Thonon

Wissem Bouzid, 23 ans, est l’une des révélations de la saison en Seconde Ligue. Formée au PSG, passée par Orléans et Le Mans, l’Algérienne brille en 2026 avec Thonon Évian, qui a obtenu de solides résultats dans la division.

Que gardez-vous de votre formation au PSG, vous aviez évoqué un gain de maturité ?

Oui, parce qu’à cette époque, le niveau de la D1 était relevé, j’ai pu faire certains entraînements avec la D1, la pré-saison en 2018-2019. J’en garde des valeurs de rigueur, d’application. Il ne faut pas oublier le travail invisible qu’on fait en salle avant les séances, l’hygiène de vie. Je n’ai pas signé, cela fait partie du jeu. Mais quand je suis arrivée en D2, j’ai gardé cette rigueur.

C’est compliqué de gagner sa place dans ce club qui recrute beaucoup d’étrangères, c’est un petit regret ?

En soit, non, c’est la vie. Mais c’est vrai qu’au moment où j’y étais, c’était très dur de signer. Je pense qu’actuellement, elles ont un peu plus de chance les jeunes, même dans les autres clubs, de gagner leur place en équipe première. Nous, c’était dur. J’ai le souvenir de joueuses comme Alice Sombath, Vicki Becho, Laurina Fazer, elles ont un peu galéré avant d’avoir un contrat. Cela se développe.

Vous avez joué dans deux autres équipes de Seconde Ligue avant d’arriver à Thonon, qu’est ce qui est différent dans votre nouveau club ?

Déjà, l’extra-foot se passe bien. J’aime beaucoup la Haute-Savoie. Après, il y a de meilleures infrastructures que les clubs où j’ai été précédemment. On a accès à une salle de muscu, on lave notre linge. Il y a tout pour performer.

Avec Le Mans, 2024-2025 : 11 titularisations, 1 but en championnat
Avec Thonon, 2025-2026 : 11 titularisations (pour le moment), 7 buts en championnat

Vous étiez leur première recrue estivale, comment cela s’est-il passé ?

Le Mans ne me conservait pas, et un peu avant la fin de la saison, le coach de Thonon m’avait contacté. Je n’ai dit ni non, ni oui. Au final, le coach m’a présenté le complexe sportif, le projet, la manière dont il souhaitait m’utiliser dans son projet de jeu. Je me suis dit qu’il était peut-être temps d’aller voir ailleurs parce que j’ai toujours été près de la région parisienne d’où je suis originaire. Je ne regrette pas.

« Je me suis dit qu’il était peut-être temps d’aller voir ailleurs »

Que se passe-t-il pour vous offensivement ? Vous n’aviez jamais mis plus d’un but par saison en championnat et vous êtes déjà à 8…

Je sens que je commence à devenir plus mature dans mon jeu. En arrivant à Orléans, je sors de ma formation. Et je n’ai pas beaucoup de temps de jeu la première saison, un peu plus en deuxième. Au Mans, la première saison est un peu compliquée, on se maintient en dernière journée. Même la deuxième saison, je n’ai pas tant joué. Ici, j’ai pris en maturité, le staff me fait confiance, les joueuses aussi, j’ai tout pour performer. Ces 8 buts (7 en championnat, 1 en coupe), je ne sais pas les expliquer.

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Dans cette division difficile, vous avez réalisé une superbe série de résultats avec Thonon Évian, comment l’expliquez-vous ?

C’est juste qu’on travaille bien au quotidien. Au début, c’était un peu compliqué, mais c’était un nouveau collectif, donc le temps d’avoir des automatismes a pris un ou deux mois. Mais franchement, on savait que cela allait venir car nous avons de bonnes joueuses, le staff a de bonnes idées. On n’a pas eu peur. Nous sommes rigoureuses, nous savons ce que nous devons faire. Et quand tu sais ce que tu dois faire sur le terrain, c’est plus facile de performer.

« Quand tu sais ce que tu dois faire sur le terrain, c’est plus facile »

En octobre, vous décrochez le titre de joueuse du mois du championnat, qu’avez-vous ressenti ?

C’était la première fois que je recevais un trophée individuel, j’étais très contente et cela prouvait que le travail que j’avais fourni portait ses fruits. C’est du 50-50, il y a de moi mais aussi de l’équipe, du staff, du club.

Avez-vous un but préféré cette saison ?

Hum… Peut-être le but contre Lille. Nous sommes à 10 contre 11 et lorsque je marque, on revient à 1-1. Je me dis qu’il nous rapporte un point celui-là. Même le penalty contre Toulouse : il y avait 0-0, on revient en deuxième mi-temps avec un penalty, je me dis que je ne dois pas le rater.

Que faites-vous de votre temps libre à côté du football ? L’endroit diffère beaucoup de la région parisienne…

Je reste beaucoup chez moi, on passe du temps au football avec les soins, les séances doublées. Parfois je vais à Annecy ou à Genève faire quelques magasins.

Vous portez le numéro 93, ce n’est pas juste pour le symbole, mais pour remercier aussi vos proches qui vous ont soutenue ?

C’est le numéro de la Seine Saint-Denis d’où je viens. C’est là que j’ai commencé le foot. Mes amis sont fiers quand ils voient ce numéro donc je l’ai mis pour cela. Mes parents venaient souvent me voir quand j’étais au Mans ou à Orléans. Là, c’est un peu plus loin mais au moins ils peuvent tout suivre sur internet, les matchs sont diffusés par le club.

Vous avez réalisé de beaux parcours dans les coupes cette saison, recroisant le PSG en coupe de la ligue, alors que vous les aviez aussi affronté l’an passé avec Le Mans, cela reste particulier pour vous ?

C’est mon club formateur, il y a des filles que je connais alors oui, jouer contre elles fait plaisir. Je n’ai pas l’occasion de les voir souvent. Plus généralement, jouer contre de grands clubs apporte beaucoup d’expérience.

Y-a-t-il un échange de maillot dont vous êtes fière ?

Oui, lors du match face au PSG, j’ai pu échanger avec Jennifer Echegini. On s’était affrontées à la CAN mais nous n’avions pas pu le faire ce jour-là, cette fois, on a pu !

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La CAN, parlons-en, on a le sentiment que la sélection algérienne progresse rapidement… Après votre quart de l’an passé, comment faire encore plus fort ?

On se prépare de la même manière qu’on a pu le faire lors de la précédente CAN. Cela fait seulement quelques mois qu’on l’a jouée. Rester sur les mêmes bases, juste modifier un peu ce qui n’a pas fonctionné. Défensivement, on n’avait pas encaissé de but, on était invaincues donc il y avait déjà une bonne base.

Vous avez accueilli pas mal de jeunes filles de la région récemment au club, comment avez-vous vécu ce moment ?

Les petites étaient contentes, c’est cool ! Cela change de d’habitude. En principe, on finit l’entraînement, on se douche, on rentre chez nous. Là, c’était sympa de passer un moment avec des filles passionnées, même des parents qui étaient là. C’est super, même pour le football féminin, cela permet de le développer.

Quels sont vos objectifs dans le football, jouer en D1, à l’étranger ?

L’objectif n’est pas de rester en Seconde Ligue, même si c’est un très beau championnat, qui se développe d’année en année. Jouer en première division serait bien. Pourquoi pas l’étranger aussi, cela m’intéresse. Après, je ne suis pas pressée, si je dois faire quelques années de plus en D2, je le ferai. Il ne faut pas brûler les étapes. Et en sélection, le but est de gagner du temps de jeu. Je suis souvent appelée, c’est déjà une très bonne chose mais j’ai encore peu de temps de jeu.

Propos recueillis par Jérôme Flury

Photos : Maël Gerberon et Flavien Tabart, Thonon Evian Grand Genève FC

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