« Nous sommes probablement les outsiders de la compétition » : L’entraîneuse Elena Sadiku se livre avant l’entrée en lice du BK Häcken en Ligue des Championnes

En remportant l’Europa Cup la saison dernière, le BK Häcken a changé de dimension et s’apprête à faire ses débuts en Ligue des championnes. Dans cette compétition, les Suédoises font office d’outsiders, et devront relever des défis compliqués, en recevant Chelsea, Manchester City et la Juventus, tout en se déplaçant sur les pelouses de Paris, de Lyon et de l’Inter Milan. Une situation nouvelle pour des joueuses habituées à évoluer en position de favorites dans leur championnat. Grande artisane de cette réussite, qui lui a valu une nomination pour le trophée d’Entraîneur ou Entraîneuse de la saison d’une équipe féminine, la coach du BK Häcken, Elena Sadiku, a accordé une interview à Footeuses pour évoquer cette nouvelle étape de sa carrière.

Quelle est la méthode “Elena Sadiku” pour gagner une Coupe d’Europe ? 

Oh, ma méthode ? (rire) Je crois en un type de football tourné vers l’avant. Du football offensif, oui, mais qui sert un objectif précis : se créer des occasions de but. Je veux également mettre de l’intensité dans le pressing. Même si nous jouons bas, j’ai toujours cette volonté d’aller chercher l’adversaire haut, de remonter le bloc, pour nous assurer de toujours être tournés vers l’avant, afin d’essayer de marquer des buts. Évidemment, on veut protéger notre but, mais surtout gagner les matchs en marquant plus que les adversaires.

En tant qu’entraîneuse, vous avez beaucoup voyagé ces dernières années, en Chine, en Écosse, en Angleterre ou au Danemark… Qu’est-ce que ces expériences vous ont apporté ?

Il faut savoir s’adapter à différentes cultures, au fait de travailler avec différentes personnes, différentes joueuses. C’est une bonne expérience à avoir et cela a un impact sur le leadership notamment. Grâce à ces expériences, j’ai pu évoluer dans ma capacité à gérer une équipe de football, mais aussi travailler sur la manière dont je souhaite être entraîneuse. Je pense que cela a été la meilleure chose pour moi. Quand j’étais plus jeune, j’ai décidé que j’avais besoin de beaucoup d’expérience. C’était le moment où je devais être courageuse et voir différents environnements, apprendre de différents entraîneurs et de différentes joueuses. C’est l’une des grandes raisons pour lesquelles j’en suis là aujourd’hui, parce que l’opportunité de travailler dans différents pays m’a permis d’acquérir l’expérience dont j’avais besoin pour entraîner au haut niveau.

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Pourquoi êtes-vous revenue en Suède ? 

Il y a plusieurs raisons. C’était un choix personnel car je voulais retourner près de ma famille. Mais il y a aussi eu l’opportunité de venir à Häcken. C’est une grande équipe qui correspond à mes valeurs et à la façon dont je souhaite jouer. Pour moi, le plus important quand je choisis un club, c’est qu’il corresponde à ma philosophie. Si ce n’est pas le cas, alors ce n’est pas le bon club pour moi.

Avec Hackën, vous avez justement remporté la Coupe Europa en mai, après un parcours impressionnant et une finale vous opposant à une autre équipe suédoise, Hammarby. À quel moment avez-vous commencé à penser qu’il était possible pour vous de gagner ?

Je dirais que le moment où j’ai su que nous allions gagner, c’est lorsque nous avons battu Francfort. C’était probablement l’équipe la plus forte que nous ayons eue à affronter durant la compétition. Nous avons gagné 3-1 au cumul des deux matchs. À ce moment-là, je me suis dit : “ Nous allons l’avoir, c’est notre moment”.

« Je trouve que c’est l’aspect physique qui ressort du football français, c’est-à-dire la vitesse et la force. »

Cette année, vous rentrez dans une nouvelle ère, avec la Ligue des Championnes. Le tirage au sort des rencontres s’est déroulé il y a peu. Qu’en avez-vous pensé ?

C’est un gros défi qui nous attend. Nous avons un tirage très difficile, si on le compare aux autres équipes. Nous jouons contre Chelsea, qui a été finaliste, ou encore Lyon, qui a remporté la Ligue des championnes tellement de fois… Les autres matchs sont tout aussi délicats. Je considère la Juventus, l’Inter Milan, Paris ou Manchester City comme de grandes équipes. Nous sommes probablement les outsiders de la compétition. Ce n’est pas souvent que nous nous sentons dans cette position, mais si nous comparons nos ressources avec celles de nos futurs adversaires, nous ne sommes pas favoris. Ceci dit, je suis persuadé que l’on peut créer la surprise. J’ai une totale confiance en mon staff et mes joueuses. À nous de faire une grande campagne et de montrer que nous sommes une grande équipe.

Elena Sadiku est arrivée à Häcken en provenance du Celtic Glasgow (Ecosse).

Y a-t-il un match que vous attendez le plus ?

Nous avons de grands matchs programmés à domicile. Je pense que ce sont ceux-là que j’attends, plus qu’une équipe en particulier. J’ai hâte d’être au stade, sous les projecteurs et devant nos supporters.

À l’extérieur, vous vous déplacez deux fois en France, à Paris et à Lyon. Observez-vous une sorte « de style de jeu français » ou voyez-vous Paris et Lyon comme deux équipes différentes ?

Paris n’est pas une équipe que je connais si bien, comparé à Lyon, qui est une équipe assez directe ; mais je dirais que c’est valable pour de nombreuses équipes en France. J’ai l’impression que le jeu est rapide et qu’il allie force et puissance. Je m’attends à un gros niveau d’intensité. Je trouve que c’est l’aspect physique qui ressort du football français, c’est-à-dire la vitesse et la force. J’ai notamment suivi l’équipe de France à l’Euro et j’ai bien vu la dimension athlétique des joueuses. Mais nous avons aussi nos spécificités en Suède. Nous parlons beaucoup de la force collective, et cela peut faire la différence.

Votre championnat se déroule de février à novembre, sur une année civile, alors que la plupart des autres se déroulent à cheval sur deux saisons. Voyez-vous cela comme un avantage ou un inconvénient ?

Il est possible de voir ça comme un avantage ou un inconvénient. Mais pour être honnête, nous ne réfléchissons pas comme ça. Pour l’instant, nous sommes simplement enthousiastes et nous avons vraiment hâte de jouer la Ligue des championnes, même si nous sommes maintenant à la fin de notre championnat, quand tout se décide. Nous sommes d’autant plus concentrés sur nos objectifs.

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Vous vous battez également pour le titre de championne justement. Cela va-t-il impacter votre entrée en lice en Ligue des Championnes ? 

Le plus important, c’est de nous concentrer sur un match à la fois. Quand nous entrons en Ligue des championnes, nous entrons en Ligue des championnes, quand nous jouons le championnat, nous jouons le championnat. C’est important de savoir que nous évoluons dans différentes compétitions parce que nous devons “reset” à chaque fois. Ce seront des compétitions différentes : En Ligue des championnes, nous allons jouer contre des équipes de très haut niveau, dans le championnat, nous jouons contre de très bonnes équipes, mais pas avec le même niveau de qualité.

Comment avez-vous commencé à aborder la compétition avec vos joueuses ? 

Pour l’instant, nous avons principalement évoqué les adversaires que nous allons affronter. Il n’y a pas de peur ni de pression à ce stade. Je pense que c’est parce que nous allons jouer contre de grandes équipes et qu’elles ont aussi la pression. Avec la différence de niveau sur le papier, c’est probablement elles qui doivent ressentir le besoin de devoir gagner les matchs.

« Nous savons que ça va être difficile à cause du tirage que nous avons eu, mais en même temps, nous jouons sur la plus belle scène européenne. A nous d’élever notre niveau. »

Qu’est-ce qui fera de cette saison en Ligue des championnes une réussite ?

Nous voulons être compétitifs. Nous sommes toutes déterminées quand il s’agit de compétition. S’il y a quelque chose que je sais à propos de mon équipe, c’est que nous entreront dans chaque rencontre pour essayer de la gagner, et d’atteindre les huitièmes de finale. Nous voulons nous assurer que nous montrons le meilleur aspect de nous-mêmes pour essayer d’atteindre cette phase finale. Nous savons que ça va être difficile, à cause du tirage que nous avons eu, mais en même temps nous jouons sur la plus belle scène européenne. À nous d’élever notre niveau.

Le succès de votre équipe est également possible grâce à vous, votre carrière n’a pas été simple, avec une retraite prise très jeune à cause des blessures. Est-ce que vous accepteriez d’en dire quelques mots et de partager la manière dont vous avez traversé cette période difficile ?

Évidemment, c’était difficile. J’avais mis ma vie dans le football, pour réussir en tant que joueuse. Quand ce rêve a disparu, j’ai souffert, ça été beaucoup de sacrifices et de temps loin de ma famille ou de mes amis. Je me suis retrouvé en pleine crise d’identité à me demander ce que j’allais faire maintenant ou qui j’étais. J’allais tout juste avoir 24 ans. Malgré tout, cette expérience m’a aidée à devenir qui je suis aujourd’hui. Lorsque tu traverses des événements difficiles, tu as deux choix : soit tu ne l’acceptes pas et tu te noies, soit tu l’acceptes et tu te relèves pour avancer. C’est exactement ce que j’ai fait et regarde où je suis aujourd’hui.

« Lorsque tu traverses des événements difficiles, tu as deux choix : Soit tu ne l’accepte pas et tu te noies, soit tu l’acceptes et tu te rélèves pour avancer. »

Comment cette expérience de vie change-t-elle votre manière de gérer un effectif ?

Je sais à quel point c’est difficile de devenir une joueuse de football et de ne pas pouvoir atteindre son plein potentiel. Ma passion pour le football s’est réveillée et m’a fait me dire : « Ok, je veux aider mes joueuses à y arriver. » Chaque jour, je travaille vraiment dur pour montrer aux joueuses que je fais de mon mieux pour elles. Ensemble, en tant qu’équipe, avec le staff, nous voulons progresser et nous voulons être la meilleure version de nous-mêmes. Toutes les personnes qui ont travaillé avec moi peuvent te dire à quel point je peux être compétente. Si tu veux être la meilleure, tu dois avoir cette envie, tu dois avoir cette passion, et tu dois avoir cet esprit de compétition en toi chaque jour. C’est ma mentalité. C’est la raison pour laquelle nous avons triomphé sur la scène européenne, nous sommes toutes alignées sur ce que je vois et ce que je veux. Je suis très claire sur le fait que nous le faisons ensemble en tant qu’unité. Je ne peux pas tout faire moi-même, C’est nous toutes ensemble qui franchissons les étapes.

Y-a t-il une activité que vous aimez faire lorsque vous avez besoin de vous changer les idées ?

J’aime la nature. Je vais dans les bois pour me vider la tête et marcher. C’est important d’avoir un très bon groupe de soutien, comme la famille, les amis, les membres du staff avec lesquels je peux partager mes pensées et mes idées ou mes frustrations. C’est important d’avoir un équilibre dans la vie pour récupérer également, jouer au padel ou une autre activité, pour souffler.

Propos recueillis par Axel Piotet
Photo : @bkhackenofcl

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